Penseur

mardi, octobre 31, 2006

Le rapport Stern

Climate change is the greatest market failure the world has ever seen.

Versac et Econoclaste rapportent tous deux la publication du rapport Stern. Le résumé de leurs résumés est le suivant : le réchauffement climatique va avoir un impact important sur l’économie mondiale, donc la lutte contre celui-ci est rentable économiquement. En anglais dans le texte : the benefits of strong and early action far outweigh the economic costs of not acting.

Sir Nicholas Stern est le directeur des services économiques du gouvernement anglais. Son rapport sur l’impact économique du réchauffement climatique est énorme, aussi je vous conseillerais de prendre connaissance, au moins, du résumé de ses conclusions.

Le réchauffement climatique est susceptible, par exemple, d’altérer les rendements agricoles, d’accroître le nombre d’évènements climatiques violents, ou de générer des millions de réfugiés climatiques. Le coût de ces problèmes est estimé à 5% par an du PIB mondial – et la fourchette haute est de 20%. Le coût de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, dans l’optique d’une stabilisation de la concentration du CO2 entre 500 et 550ppm, est estimé à 1% du PIB par an. Le calcul semble vite fait, mais il est compliqué, en réalité, par une asymétrie. Les pays en voie de développement seront les plus durement touchés par les conséquences du global warming, alors que les efforts les plus importants doivent être supportés par les pays développés. Le rapport Stern ajoute que les pays développés doivent aider les pays plus pauvres, par un soutien économique et technologique, à intégrer cette problématique dans leur plan de développement.

La solution passe, en partie, par le fameux marché du CO2, qui est le moyen le plus juste et le plus efficace économiquement d’inciter les entreprises à diminuer leurs émissions. Le résultat est le même que pour une taxe au taux idéal – fixé par le marché. Le problème est par contre que la régulation étatique du nombre de permis d’émission doit être plus sévère pour servir à quelque chose et pour éviter le krach !

L’autre volet de la solution passe par l’innovation. J’avais parlé ici et de la Californie qui, sous l’impulsion d’Arnold Schwarzenegger, vise une réduction de 25% de ses émissions de CO2 sans endommager son économie. Comment ? En imposant cette contrainte avant les Etats voisins, la recherche et l’innovation pour apporter des solutions sont stimulées. Les techniques innovantes apportées par des start-up permettent à l’économie de se développer tout en luttant contre l’effet de serre. Ces entreprises pourront ensuite se développer à l’échelle des Etats-Unis, voire à l’échelle mondiale, quand les voisins de la Californie lui emboiteront le pas, ou que les entreprises chercheront à être en phase avec les attentes des consommateurs/citoyens. Je l’écris encore un fois : n’attendons pas pour nous engager dans la réduction des gaz à effet de serre, car les seuls qui y perdront seront les derniers à s’y mettre.


Addendum : cet article du Monde par du rapport Stern. La Grande-Bretagne est donné en exemple, en parlant en particulier d'un certain nombre de "taxes vertes" qui devraient etre mises en place. Il est vrai que ce n'est pas bête, taxer les lave-linges les plus consommateurs et les voitures polluantes a sûrement un impact important - ne serait-ce que parceque les fabricants chercheront certainement à améliorer leur image en proposant des modèles moins gourmands. La France avait joué cette carte de l'image, en obligeant l'affichage des consommations en eau ou des dégagements en dioxide de carbone. Je me demande quel en a été l'effet...

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Top requêtes

Tous les blogs hype le font, et cela avait participé à l'affaire Garfieldd : à moi, maintenant, de mettre en ligne les requêtes google les plus, hem, originales, ayant amené sur mon site. Comme je suis particulièrement vicieux, j'ai réellement tapé ces phrases dans google pour savoir quel était mon rang. Cette semaine :

j'ai vaincu ma procrastination? : 5éme
un cv en physique = combien en volts : je ne me suis pas trouvé
video toucher rectal avec des gants : pareil (ouf !)
2006 emails contacts des sociétés lubrifiants en europe : pareil (re-ouf)

Bilan : je ne comprends pas comment ces internautes m'ont trouvé !

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lundi, octobre 30, 2006

Raaaaaaaaaaahhh


Pourquoi ce cri de rage ?

Parceque les fonds de pâte que j'ai achetés pour faire des quiches sont sucrés. Et c'est pas très bon.

Ca m'apprendra !

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samedi, octobre 28, 2006

Education supérieure et entreprises

Le sous-titre pour ce billet pourrait être : Enfin l’arrivé du privé !

Un article intéressant du Monde parle du financement par les entreprises de l’enseignement supérieur. Il y est fait mention de la création de chaires (c’est-à-dire d’un ensemble de cours, souvent de niveau licence ou master) financées par des entreprises ou des mécènes. Un article complémentaire décrit ce qui se fait en Europe sur le même sujet. Au passage, ce genre de mise en perspective est une bonne habitude que le Monde est en train de prendre, mais il manque certainement la comparaison avec les USA, qui ont, après tout, l’enseignement supérieur le plus attractif du monde.

Certains membres de ma famille, ou des blogueurs comme Enro [1], ne manqueront pas d’y voir une évolution négative, l’influence de l’argent et de l’industrie étant par essence mauvaise. Pour ma part, je suis très enthousiaste : le manque d’implication du monde de l’entreprise et des alumni[2] dans l’éducation supérieure est un des facteurs qui explique le côté si peu appliqué, expérimental, et pratique, des cours français. Il est bon d’avoir un regard extérieur pour introduire un peu de concret – et il n’est pas honnête de se plaindre à la fois du manque de financement des universités, de la dette publique, et de l’implication des entreprises, comme j’ai pu l’entendre.

Le problème est le même dans le monde de la recherche. Il est ironique de voir que ceux qui se plaignent que l’Etat ne met pas assez de moyens dans la recherche sont souvent ceux qui défendent la séparation, à mon sens fausse, inutile et contre-productive, entre recherche fondamentale et appliquée. La première est vue comme supérieure et doit être soutenue par l’Etat, car les entreprises ne sont soi-disant intéressées que par la recherche à court terme. Cela serait un argument pour refuser l’entrée des entreprises dans le financement des labos, qui conduirait à une dégradation de la recherche. L’exemple des Etats-Unis suffit à contredire cet argument : les allez-retours entre entreprise et labos, entre recherche et start-up, soutiennent à la fois l’économie américaine et le progrès scientifique – la razzia sur les prix Nobel étant un signe fort.

J’ai l’impression qu’en France, le monde universitaire se focalise sur les questions de choix budgétaires. Elles ont de l’importance, bien sûr, mais la France n’est pas à la traîne pour ce qui est des efforts publics. Il s’agit plutôt, de mon point de vue, d’un manque de confiance envers le secteur privé, qui, d’ailleurs, le rend bien aux universitaires. Un changement de mentalité est nécessaire pour atteindre un système de type américain, qui est je pense bien meilleur, où les entreprises externalisent largement leur R&D en faisant confiance aux thésards des universités, et où les chercheurs n’hésitent pas, quand une possibilité d’application se fait sentir, à travailler avec les entreprises ou à monter une start-up.

EDIT : à propos des investissements en R&D de différents pays, de l'évolution de ces montants, et de la répartition entre public et privé, je vous conseille ce rapport indiqué en commentaires par Eric.

[1] Je précise que je ne sais pas ce qu’il en pense, que je fais cette supposition d’après ce que j’ai pu lire sur son blog, et que je serais heureux de me corriger si je me suis trompé.

[2] Anciens élèves

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jeudi, octobre 26, 2006

Intelligence économique, avancées scientifiques et exception française


Cet article du Monde pose le problème de l’espionnage scientifique et l’intelligence économique. Extraits :

La question est très délicate. Le contrôle des informations n'est-il pas antinomique avec l'objectif des pôles ? Avec la volonté de faire travailler ensemble des entreprises petites ou grandes, des laboratoires publics et privés, pour faire émerger une meilleure créativité ?

Or ces différentes populations ont des habitudes et des besoins différents en matière de confidentialité. Les grandes entreprises connaissent les risques de l'espionnage économique et leurs équipes sont généralement formées pour y parer ; ce qui n'est guère le cas des petites et moyennes entreprises, qui, elles, craignent surtout de voir leur savoir-faire pillé par les grands groupes avec lesquels elles sont censées travailler. Quant aux chercheurs, baignant dans une culture scientifique internationale, ils ont au contraire intérêt à publier pour être reconnus et promus.

[..]

Les équipes de FI2 leur apprennent à ouvrir l'oeil : telle délégation coréenne ou chinoise ne doit parcourir que des chemins balisés, aucun visiteur ne doit être admis sans montrer patte blanche (récemment, le représentant d'un fonds d'investissement américain fut repéré faisant discrètement son marché dans un pôle francilien).

Mais l'essentiel est sans doute d'établir la confiance au sein de ces entités entre les différents partenaires en mettant en place des règles de fonctionnement.

Les informations doivent, par exemple, être étiquetées au fur et à mesure de leur élaboration, selon leur nature : "critiques", si elles ne doivent être partagées avec personne, "sensibles", quand elles peuvent être partagées sous condition, et "ouvertes", quand elles peuvent être diffusées sans contrainte.

J’ai eu l’occasion de suivre plusieurs conférences à ce sujet. La prise de conscience est récente, en France : ce n’est que depuis 2004 que la France a doté ses services secrets d’une branche « économique ». Le sujet, sans être tabou, n’a tout de même pas bonne presse, et évoque des images de barbouzeries de bas étage. A l’opposé, les économies anglo-saxonnes tirent un grand profit de l’espionnage économique, et sont aidées en cela par leur gouvernement. La NSA, par exemple, met une partie de ses efforts au service d’entreprises comme Boeing. Quant à la Chine, elle revendique tout simplement que son développement économique est largement basé sur ce genre d’espionnage, en attendant de former assez d’ingénieurs et de scientifiques pour répondre à ses besoins internes. En face, les patrons français, non seulement ne souhaitent pas utiliser cet outil vu comme déloyal, mais surtout rechignent à se protéger, car ils n’imaginent pas que leurs concurrents puissent agir différement.

Des campagnes de sensibilisation sont organisées, à grand renfort d’anecdotes amusantes qui bien entendu, n’arrivent qu’aux autres. Tel dîner arrosé entre collaborateurs, par exemple, où l’on se dispense des badges d’entreprise, parce que tout le monde se connaît. Si quelqu’un fait parti du repas, mais qu’on ne le connaît pas, c’est certainement qu’il vient d’un autre service. Jusqu’au moment où l’on montre les photos du repas au DRH de la boîte, et qu’il reconnaît dans le petit monsieur jovial qui a fait connaissance avec tout le monde le directeur financier du concurrent direct. Autre exemple, le stagiaire étranger dans la boîte qui a accès à des dossiers sensibles, mais bon on lui fait confiance, il ne faut pas voir des espions partout, tout de même. Telle délégation étrangère, organisée comme un commando, deux qui prennent des notes, trois des croquis, deux qui discutent avec les secrétaires, le chef qui pose les questions, et les deux derniers qui mémorisent les réponses. Et qui demande à tout voir. Comment le leur refuser, si ce sont des clients potentiels ?

Le dernier paragraphe que j’ai cité est la bonne méthode à employer. Le mythe de la forteresse imprenable est illusoire : un concurrent déterminé trouvera toujours le moyen d’accéder à l’information qu’il veut, y compris par la corruption, ou l’utilisation de techniques dignes de James Bond. Le seul objectif valable est donc de le ralentir : multiplier les obstacles, ne serait-ce que par l’utilisation de badges, de portes à code, etc. Il est aussi possible d’organiser des visites guidées bien balisées, qui ne passent pas par les installations critiques, pour les délégations. Avec un peu de chance, quand le concurrent aura mis la main sur l’information critique, il aura perdu tant de temps que la donnée n’aura plus de valeur.

Cela suppose de hiérarchiser ses priorités, car imposer une forte sécurité sur des données non-vitales ralentir le travail des collaborateurs et nuit à l’entreprise. Il faut donc identifier quel est le niveau de sécurité nécessaire à chaque type d’information.

Cela nécessite un travail constant, avec des mises-à-jour régulières, ce qui est bien entendu plus difficile dans les PME. Plus grave, alors que le message commence à passer dans les grandes entreprises, la plupart des patrons de PME ou des directeurs de labos n’y prêtent pas encore vraiment l’oreille. Pourtant, le nombre d’ordinateurs qui sont volés dans les universités et les laboratoires n’est pas dû uniquement à l’appât du gain ! Les solutions ne sont pas forcément couteuses, mais impliquent une prise de conscience du problème, et un changement de mentalité.

Vous avez peut-être des anecdotes à ce sujet à partager. Que pensez-vous de l’espionnage économique, est-ce que vous voyez ça comme une technique légitime, ou seulement une menace potentielle de la part de concurrents indélicats ?

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mardi, octobre 24, 2006

Geoengineering

Voilà ce qui pourrait nous arriver si nous ne faisons pas plus d'efforts que ça contre le réchauffement climatique.

Si les conséquences du global warming deviennent trop importantes, viendra le moment où l'on devra procéder à un épandage de particules réfléchissantes (des sulfates) dans la stratosphère. Avec les conséquences brutales et imprévisibles que cela pourrait avoir...

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OGM et débat public

[ironie ON]

Je continue ma série sur la mission des politiques et des médias sur les enjeux scientifiques et technologiques. Après les nanotechnologies, les OGM. Intéressons-nous à la façon dont le débat, serein, équilibré et rationnel, est alimenté par les différents acteurs institutionnels, et comment ils remplissent leur rôle d’intermédiaires entre la société civile et le monde scientifique.

[ironie OFF]

Ce qu’il y a de bien avec les OGM, c’est qu’ils sont les seuls à détroner les nanotechnologies sur le podium du débat le plus biaisé. Le Monde rapporte ainsi la demande d’une association (habituée aux coups médiatiques, par ailleurs) aux candidats à la présidentielles, pour qu’ils s’engagent plus fermement contre les OGM. Pourtant, les propos que ladite organisation cherche à voir graver dans le marbre sont très clairs (mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont plus intelligents).

Nicolas Sarkozy (octobre 2006)

Comme beaucoup de consommateurs et d’agriculteurs, je ne perçois pas, pour le moment, le service réellement rendu par les OGM qui sont mis en culture dans le monde. Je partage donc leurs réticences à ce que nous les utilisions.

Je pense en revanche que nous devons poursuivre l’effort de recherche : en premier lieu, parce que c’est la condition de notre indépendance scientifique vis-à-vis de pays qui investissent massivement dans les OGM et qui pourraient être tentés plus tard de nous imposer leurs vues ; en second lieu, parce que rien ne permet d’exclure que les OGM permettent un jour, dans des conditions totalement sûres, des avancées spectaculaires en matière environnementale, en matière d’alimentation humaine, et même en matière médicamenteuse.

La production de molécules thérapeutiques plus sûres (insuline, enzyme contre la mucoviscidose) ? Les plantes résistantes aux insectes pour utiliser moins de pesticides ? Disons-le tout net : les avancées spectaculaires se sont déjà produites et se produiront encore. Quand Nicolas Sarkozy dit qu’il ne les perçoit pas, soit il est mal informé, soit il est de mauvaise foi et cherche à flatter son électorat. Enfin, au moins, il dit qu’il faut continuer la recherche parceque d’« autres » pourraient faire ces percées avant nous (c’est déjà fait), ce qui me fait penser qu’il n’est pas tout à fait honnête dans la première partie…

Ségolène Royal (Lens, septembre 2006 (ici pour la citation complète qui n’est pas sur son site))

Non seulement, il y aura une mesure de grâce [pour les Faucheurs Volontaires]mais il y aura la transcription en droit français du principe de précaution qui nous autorisera à interdire les OGM en plein champs. La question des OGM est symptomatique de la gestion environnementale du gouvernement de droite, parce qu’elle s’appuie sur le secret. Et dans bien des domaines, il faudra lever le secret en matière d’environnement. Les mensonges officiels qui ont eu lieu sur le nuage de Tchernobyl, les mensonges officiels qui ont lieu sur les OGM. Parce qu’on sait aujourd’hui, et il y a des rapports sur la santé publique qui montrent qu’il y a notamment un impact sur le fœtus. Les mensonges officiels sur les cancers du sein. Une femme sur dix aujourd’hui est touchée par le cancer du sein et l’on sait pertinemment qu’il s’agit des questions environnementales qui sont en jeu, les pesticides en particulier dans l’alimentation.

Comme avec Sarkozy, un bon point, cette fois pour la levée du secret et des zones d’ombres. Mais quelqu’un peut m’expliquer le rapport entre les OGM et les cancers provoqués par les pesticides ? Les problèmes posés par les pesticides sont bien réels, et ne se limitent pas au cancer du sein, mais un des buts des OGM est bien de limiter l’emploi des pesticides. Contradiction…

Que l’on me comprenne bien. Je ne suis pas un agent infiltré de Monsanto, venu pour faire de la propagande pour les graines Terminator (quoique l’argument soit utilisé trop souvent à mon goût). Je suis parfaitement conscient des risques posés par les OGM, notamment la dispersion de certains gènes pouvant accroître les risques de multi-résistances chez certains organismes. Je ne mange pas du bœuf aux hormones au petit-déjeuner. Je ne travaille pas dans le secteur. Je précise, parce que les amalgames vont vite dans ce pseudo-débat.

Mais, comme toujours, je plaide pour la recherche, pour l’évaluation sereine des risques et des opportunités. Est-ce que la société y gagne vraiment quand une bande d’allumés détruit un champ de culture transgénique, qui était au milieu d’une étude à long terme des possibilités de contamination génétique ?

Les opportunités sont là, dans tous les domaines : environnementaux, médicaux, agricoles. Le développement des agricultures des pays en développement pourrait en profiter, avec des plantes plus résistantes à la sécheresse ou au contraire aux inondations, avec de meilleurs rendements, ou demandant moins de soins. La Chine, par exemple, a fait le choix d’un basculement massif vers du riz OGM résistant aux bactéries, pour nourrir sa population et limiter l’emploi de pesticides. La question du suivi environnemental se pose alors avec acuité.

Car c’est bien là ce qui est nécessaire : la surveillance environnementale et les règles de la transparence. Si la recherche doit être soutenue, elle doit aussi faire l’objet d’un contrôle vigilant. Les parcelles d’OGM doivent être rendues publiques, ainsi que les contrôles effectués sur les champs voisins. L’étiquetage des produits doit être obligatoire, dès les premiers pourcents, afin de permettre au consommateur d’avoir le choix dans ses achats. Et, pour que mon paragraphe précédent sur le Tiers-Monde ne soit pas qu’un vœu pieux, il faut soit qu’un transfert de technologie se fasse avec les pays du sud, soit qu’une partie de l’aide au développement soit affectée directement à des centrales d’achat de semences. On en est loin, mais là, le problème n’est pas scientifique…

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lundi, octobre 23, 2006

Nanotechnologies (suite)

Comme je le disais en commentaire de mon précédent billet, je n’ai pas mentionné les bénéfices actuels ou potentiels que notre société retire des nanotechnologies. Je ne l’ai pas fait car je pense que ces bienfaits n’ont pas à interférer avec le débat sur les dangers potentiels. Le danger est que les formidables accomplissements des nanotechnologies ne conduisent à minimiser, voire à masquer, les risques éventuels.

Rien ne m’empêche, cependant, de les décrire dans un autre billet. J’y suis d’autant plus poussé qu’en commentaire du même billet, Hulk a parlé de « l'irréalité des nombreux bénéfices qu'ils [les promoteurs des nanotechnologies] promettent de nous vendre », ce qui relève de la méconnaissance, au mieux. Je vais essayer de présenter quelques exemples de nanotechnologies, en mentionnant leurs applications actuelles ou en cours de développement. Rien d’exhaustif bien sûr, juste ce qui me passe par la tête, ce que je connais, où ce sur quoi je tombe en parcourant internet.

A tout seigneur tout honneur, et les rois des nanotechnologies sont les emblématiques nanotubes de carbones. La page Wikipédia qui leur est consacré est un bon début. Il s’agit d’un assemblage régulier d’hexagones dont chaque sommet est un atome de carbone, d’une façon telle que l’assemblage total est un tube cylindrique. Ils ont été découverts en 1991 par Sumio Iijima. Leurs propriétés sont fantastiques dans tous les domaines, et les applications suivent rapidement.

  • D’un point de vue mécanique, ils sont 200 fois plus résistants à la traction que l’acier, pour un poids 6 fois moindre à section égale. Ils servent d’ores et déjà à renforcer des matériaux polymères comme les plastiques.
  • D’un point de vue conductivité, ils conduisent mieux la chaleur que le diamant, et le courant électrique que le silicium. Des chercheurs d’IBM ont déjà réussi à produire un des plus petits transistors du monde avec des nanotubes. Si quelqu’un refuse les nanotechnologies par principe, sans autre argument, qu’il s’engage à ne pas utiliser l’électronique miniaturisée dans quelques années.

  • D’un point de vue électrique, ils peuvent servir de canons à électron extrêmement précis. Samsung et Motorola ont réalisé des prototypes d’écrans à nanotubes de carbones. Le détracteur du paragraphe précédent doit donc aussi, pour rester cohérent, ne pas prévoir d’acheter une télévision dernier cri.

  • D’un point de vue chimique, l’atome d’hydrogène porté par chaque atome de carbone peut être remplacé chimiquement par un groupe d’atome capable de remplir une fonction précise. Comme les tubes peuvent être constitués d’une seule couche d’atomes, on obtient un excellent rapport surface/volume. Des applications comme catalyseurs, par exemple pour réduire les pollutions des usines, des pots d’échappements, sont envisagées.


Autre exemple de nanotechnologie (quoique l’échelle soit plus proche du micromètre), il est possible de former une surface de polymères en les ordonnant minutieusement, de façon à alterner une surface hydrophobe et des pointes saillantes hydrophiles. Dans un environnement sec, la vapeur d’eau de la rosée du matin se condense facilement sur les zones hydrophiles, grossit, puis dévale le long de la surface hydrophobe, jusqu’à un collecteur, avant que le soleil ne les fasse s’évaporer. Les amateurs de Frank Herbert auront peut-être reconnu les pièges à rosée de Dune, mais il s’agit en réalité de l’imitation du scarabée de Namibie ! On imagine sans peine les possibilités pour alimenter en eau les régions désertiques.

D’une manière générale, tous les composants à l’échelle nanométriques offrent un rapport surface/volume avantageux, et sont donc intéressants pour tout ce qui est propriétés de surface, catalyse, propriétés optiques. Un revêtement de minuscules billes de d’oxyde de titane permet à Saint-Gobain de proposer des vitres auto-nettoyantes. Des revêtements anti-reflets, anti-rayures, anti-buée, voir tout à la fois, existent aussi. J’espère que le contradicteur ne porte pas de lunettes.

J’ai bien envie de finir par quelques applications biomédicales, car, comme je l’ai déjà dit, c’est le sujet chaud. L’assemblage d’une solution de peptides pour former un maillage biodégradable qui arrête le saignement relève de la nanotechnologie : on en mesure les bénéfices quand on sait qu’une opération de transplantation nécessite une quarantaine de poches de sang donné. L’utilisation de billes métalliques de dimension nanométrique ou microscopique est répandue, en médecine de diagnostic ou dans la recherche en biologie et en médecine, pour servir de traceurs. Ces billes peuvent aussi être greffées sur des molécules organiques, typiquement des molécules bioluminescentes. Une application un peu différente de ces billes, mais tout aussi importante, est la possibilité de les diriger vers une tumeur cancéreuse. En effet, les molécules greffées sur ces billes peuvent aussi servir de « guide » biologique. Une fois sur place, les billes métalliques peuvent être chauffées par un laser réglé à une fréquence particulière, ce qui est un moyen non-invasif et efficace de détruire la tumeur !

Vous connaissez peut-être d’autres applications. Peut-être aussi n’êtes-vous pas convaincu par ces opportunités et trouvez qu’elles ne suffisent pas à écarter les risques potentiels des nanotechnologies ? J’aimerais aussi avoir votre avis sur ces risques, justement. Quels sont les dangers auxquels vous pensez ?

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dimanche, octobre 22, 2006

Nanotechnologies


Evidement, sur un blog qui a la prétention de parler de sciences, il était inévitable d’arriver au sujet des nanotechnologies. Ces technologies de l’infiniment petit sont aussi excitantes pour la communauté scientifique qu’elles sont inquiétantes pour de nombreux citoyens. Elles illustrent magistralement la coupure moderne entre la recherche scientifique et la sphère médiatique qui amplifie les doutes et les peurs. Elles pourraient, pourtant, être l’objet d’un débat plus apaisé.

Nucléaire, biotechnologies et OGM, nanotechnologies… La liste des domaines scientifiques source d’inquiétude pour certains citoyens s’allonge. Sous cette pression, le parlement a ajouté en février dernier, en grande pompe, le principe de précaution[1] à la constitution française. Ne pas avoir ajouté symétriquement un principe d’innovation me semble témoigner d’un grave blocage, d’une inquiétude diffuse et généralisée des Français face à la science, et d’un manque de dialogue avec la communauté scientifique. Les médias, en donnant beaucoup la parole au citoyen inquiet et en ne remplissant pas le rôle d’information et de décryptage qui est le leur, portent une responsabilité importante dans la situation.

J’en arrive spécifiquement au sujet des nanotechnologies. Les craintes sont de deux ordres.

La première relève principalement du fantasme et de la science-fiction. Il s’agit de la peur de voir un jour des nano-robots auto-répliquants, capables de tirer énergie et matériaux de construction de leur environnement, envahir la Terre. C’est le scénario « Grey Goo », qui s’applique aussi à d’éventuelles bactéries génétiquement modifiées. Cette crainte ne résiste pas à l’analyse. Je ne dirai pas ici que l’on est extrêmement loin du point où de tels robots pourraient être conçus : c’est vrai, mais je ne pense pas que ce soit un argument pertinent pour dissiper les inquiétudes sur l’avenir. Par contre, il faut noter que ces robots devraient être organiques, puisqu’ils ne seraient pas destinés à tirer leurs « pièces détachées » des roches et autres cailloux environnants. Et les nano-robots organiques, capables de se reproduire en exploitant le monde organique autour d’eux, existent déjà dans une forme probablement optimale, car sélectionnée par des millénaires d’évolution : les virus. Je pense que les formes de « grey goo » que l’Homme pourrait inventer seraient loin de leur efficacité. Michael Crichton avait utilisé le thème de nano-robots organisés en essaims, capable de reproduction, consommation, et mutations, dans son livre Prey : plutôt bien ficelé mais pas plus crédible que Jurassik Park du même auteur.

L’autre est plus crédible, et pour cette raison plus importante. Il s’agit de savoir si ces éléments de taille micrométriques ne pourraient pas être inhalés ou avalés. Le danger est qu’ils pourraient encombrer les voies respiratoires ou avoir des effets cancérigènes. Sur ce point, un certain nombre de questions doivent être soulevées par les différents acteurs, scientifiques, politiques, associations de consommateurs, citoyens. Des particules résistantes, de petites tailles, aux effets potentiellement nocifs, peuvent-elles être émises par des matériaux composites, des revêtements de type peinture ou enduits, ou encore par équipements électroniques utilisant les nanotechnologies ? Si oui, à quel stage : fabrication, utilisation, destruction, recyclage ? Quels sont les moyens d’empêcher cette diffusion, de la détecter, voire de la soigner ?

Toutes ces questions sont légitimes et importantes. Cependant, si elles doivent être soulevées par l’ensemble de la société, ce sont les scientifiques qui doivent y répondre. Je ne crois pas au citoyen-expert qui affiche son ignorance péremptoire, ou au groupe de pression obscurantiste. Je pense que les scientifiques doivent répondre aux questions de leurs concitoyens : c’est aussi leur rôle. On pourrait envisager par exemple que le gouvernement, ou le parlement via une mission d’information, finance un ou plusieurs laboratoires pour cette évaluation des risques. Cela suppose, néanmoins, un niveau de dialogue qui n’existe pas à l’heure actuelle. Je ne jetterai pas la pierre aux scientifiques qui me semblent prêts à expliquer leurs travaux quand l’occasion leur en est donnée. Cependant, peut-être manquent-ils de pédagogie. Je donnerais pour exemple cet article qu’un chercheur, Gérald Dujardin, a cherché à publier dans Le Monde et a finalement mis en ligne sur le blog Transnets. Il y souligne le problème de la déformation médiatique, qui fait craindre que le dialogue soit difficile à instaurer. Comment faire passer le message que les premières études sur la toxicité des fullérènes et des nanotubes de carbone est faible, à des citoyens ayant vu leurs craintes de l’amiante cancérigènes amplifiées de façon répétée par les médias ? Le problème de cet article est cependant de mélanger les craintes qui relèvent du fantasme, et celles qui sont plus légitimes.

Le rouage manquant dans ma proposition précédente n’est pas non plus l’intérêt et la mobilisation civile. Il n’y a aucun doute que les associations de consommateurs ou de protection de l’environnement seront promptes à lever des questions et des doutes, voire à conduire des contre-enquêtes solidement étayées. Il manque donc l’intermédiaire nécessaire qui est l’échelon politique, et qui est trop souvent remplacés par les médias. Je n’ai pas de recette miracle à proposer, mais je pense donc qu’un débat ouvert peut s’engager, si un intermédiaire entre les citoyens et les scientifiques était trouvé. J’ai parlé d’une possible mission d’information parlementaire qui financerait des recherches sur la toxicité. Une autre idée serait qu’un organisme comme le CNRS pourrait organiser des conférences ouvertes librement au public.

Vous avez peut-être d’autres exemples, d’autres problèmes, d’autres idées. Quelle est votre perception des nanotechnologies ?


[1] L’article Wikipédia sur le sujet est extrêmement intéressant et instructif.

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vendredi, octobre 20, 2006

Edition du billet sur la Cape Invisible

J'ai eu un peu de temps cet après-midi, alors j'en ai profité pour compléter mon billet sur la Cape Invisible. Il faut dire que la première version n'était qu'une brève note ! Je suis assez content d'avoir vaincu, au moins pour cette fois, ma tendance à la procrastination. En plus, j'ai appris des choses très intéressantes en faisant des recherches pour écrire la suite. Retournez donc y jeter un œil, si vous l'avez déjà lu, je pense que vous ne serez pas déçus.

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Le futur de la dette de la France


Il y a des jours où lire les blogs rend moins con. Et devenir moins con peut parfois être franchement inquiétant.

Pierre Bilger a contribué à structurer ma pensée politique, avec ce billet publié en juin dernier. Il y appelait ses lecteurs à définir leurs priorités politiques, et à choisir leur candidat à l’élection présidentielle en fonction de celles-ci. Définir clairement les questions principales peut sembler une évidence, mais le débat politique habituel met sur le même plan tous les « il faudrait que ». Cela revient, pour l’électeur, à se poser la question des idées qui emporteront son vote, même en cas de désaccord avec les autres positions du candidat. Pour le candidat, il s’agit de hiérarchiser ses priorités : quelles sont les réformes les plus importantes, qu’il faut faire même au détriment d’autres actions ? Un exercice hautement instructif.

Pour ma part, je me suis livré à ce petit jeu d’auto-analyse, et il en est ressorti que les questions prioritaires pour moi sont la question de la dette, l’Europe, la réforme de l’enseignement supérieur, et la dynamisation de la recherche, de l’innovation, et du soutien aux start-ups technologiques. Les deux derniers points sont liés, d’ailleurs. J’ai choisi ces points car j’estime qu’ils sont les fondements de l’avenir. Des finances équilibrées permettront de dégager des possibilités d’action pour les gouvernements futurs. L’enseignement supérieur et la recherche sont les fondements des sociétés futures, aussi bien aux niveaux intellectuel et scientifique, qu’économique. Et pour que les progrès de la science se traduisent en innovations et en gains économiques, il faut un soutien ferme, public et privé, à l’aspect technologique de la recherche, et que la création d’entreprises technologiques soit encouragée. C’est ce que l’on appelle l’économie de la connaissance, et, pour moi, c’est la place dans la mondialisation que la France doit chercher à prendre. Enfin, européen convaincu, la construction politique de l’Union a un grand prix à mes yeux.

La question de l’économie de la connaissance est relativement bien traitée, par exemple par Ségolène Royal ou François Bayrou. Nicolas Sarkozy n’en parle pas beaucoup, mais certaines propositions de l’UMP sur le sujet sont intéressantes. Par contre, la question de la dette est rarement abordée. Seul Dominique Strauss-Kahn, je crois, a analysé avec lucidité que la discussion autour des programmes n’avait aucun sens si la question de la dette n’était pas réglée, car dans le cas contraire aucune réforme ne pourrait être menée.

Et justement, toujours chez Pierre Bilger, on a pu lire récemment un billet sur le livre de Philippe Jaffré et Philippe Riès, Le jour où la France a fait faillite. Je vous invite fortement à lire au moins le billet de Pierre Bilger, mais voici toujours le résumé sur le résumé que l’ont peut trouver sur internet (j’ai ajouté le lien vers le rapport Pébereau) :

Imaginez la même scène à Shanghaï comme au supermarché d’Evry :Il n’y a plus d’argent disponible au distributeur pour les Français qui cherchent à en tirer. Mais ce n’est pas une simple erreur technique ; la France est en faillite ! Science-fiction imaginée par deux auteurs pessimistes et ultra-libéraux ?
Non : la simple déduction à partir de la réalité actuelle, analysée par le banquier Michel Pébereau dans un rapport publié en 2005 et vite étouffé, de ce qui peut advenir des finances de notre pays dans le futur proche, si proche .

En 2012, Nicolas Sarkozy est président de la République, Laurence Parisot premier ministre, Valérie Pecresse ministre des finances, et notre dette publique a atteint des sommets tels que le seul paiement des intérêts de la dette exigerait la moitié des recettes de l’Etat.

L’agence de notation Standard & Poors décide de dégrader la dette de la France au niveau des « junk bonds », autrement dit des « obligations pourries ». Nous ne sommes plus solvables. A partir de ce scénario catastrophe, mené en temps réel de juillet à août 2012, sur fond de crise gouvernementale, Philippe Jaffré, qui connaît mieux que personne les coulisses du Trésor ou de la banque et Philippe Riès, expert en affaires européennes, mènent une intrigue rocambolesque, mais où hélas, tout apparaît plausible. Notre avenir ?

A l’origine, je ne comptais pas me l’acheter, car je n’ai pas aimé le style d’écriture que l’on peut découvrir dans le chapitre « bonus ». Cependant, un article du Monde, ce matin, me fait douter. L’Italie a vu la note de sa dette dégradée par les agences Fitch et Standard & Poor’s[1]. Ils n’en sont pas arrivés aux « junk bonds », mais c’est tout de même diablement proche du scénario envisagé pour la France ! Le livre, tout d’un coup, gagne en crédibilité. Le paiement des intérêts de la dette absorbe déjà les recettes de l’impôt sur le revenu, ce qui ne peut que déranger le républicain qui sommeille en moi. Mais qu’arrivera-t-il si ceux qui prêtent de l’argent à la France perdent confiance en ses capacités de remboursement ? Au passage, je me demande aussi si les Etats-Unis ne sont pas dans une situation encore pire que la notre. Et une crise américaine n’est souhaitable pour personne.

On a l’habitude de dire que la réalité dépasse la fiction, à propos de la science. Est-ce que l’avenir rattrapera aussi la politique-fiction ?



[1] Au passage, le Monde se contredit : le titre parle d’une sanction contre Romano Prodi, alors que le corps de l’article suggère qu’il s’agit des conséquences de la politique de Silvio Berlusconi. Passons.

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jeudi, octobre 19, 2006

Harry Potter et Frodon inspirent la science

Le point commun de ces deux héros ?


Ils ont tout les deux une cape magique qui les rend invisibles. Et cela inspire les chercheurs.

Vous avez surement deja entendu parler de Kazutoshi Obana, le graduate student de la photo ci-contre, qui aurait inventé la première cape qui rend invisible.

En réalité, il y a un "truc" : il s'agit d'une utilisation astucieuse de matériaux rétro-réfléchissant. Une caméra dans le dos de l'homme invisible, couplée avec un projecteur, permet d'afficher sur le corps de l'étudiant ce qui se passe dans son dos. La prouesse technique, ici, est surtout d'utiliser un revêtement qui ne diffuse pas la lumière. Les applications en réalité augmentée sont nombreuses : vous pourrez en trouver quelques-unes, ainsi que des explications claires, dans ce fichier PDF.

Plus récemment, des chercheurs de la Duke University, en Caroline du Nord, ont réellement réussi à rendre invisible un objet. Bon, pas exactement invisible, mais invisible à une longueur d'onde de type radar, ce qui est moins parlant, mais déjà impressionant. On se doute de l'intérêt du Department of Defense pour cette technologie.

Comment ça marche, me direz-vous ? David Smith et son équipe ont réussi l'exploit de forcer les lignes de champ électromagnétiques à contourner l'objet, comme de l'eau qui s'écoulerait autour d'un galet. Le champ n'étant ni absorbé ni renvoyé par l'objet, il est donc invisible. En principe, ce qui a été réalisé pour les ondes radars pourrait l'être pour les ondes visibles - elles appartiennent toutes deux à la famille des ondes électromagnétiques, et les phénomènes en jeu sont les mêmes. L'obstacle n'est que technologique, les éléments à utiliser devant être bien plus petits et complexes.

Cette cape invisible est constitutée de résonateurs magnétiques d'un type particulier, les "anneaux coupés". Pour voir un peu mieux ce dont il s'agit, jetez un oeil sur cette page. Les matériaux composés d'un grand nombre de ces résonateurs ont la propriété étonnante d'avoir un indice optique négatif. Les conséquences de cet état unique dans la nature sont très contre-intuitives. Un rayon de lumière qui entre dans un tel matériau change de sens de propagation ! Wikipédia donne un exemple parlant : une personne qui nagerait dans un liquide hypothétique d'index négatif apparaîtrait au-dessus de la surface à un observateur extérieur !

De tels matériaux sont qualifiés de gauchers, car ils sont bizarres et tout le mond sait bien que les gauchers sont bizarres (hum, bon, j'ai un peu honte de cette mauvaise blague). Des informations complémentaires sur les matériaux gauchers peuvent être trouvés ici et . Aussi passage, ils font parti du top ten des découvertes scientifiques de l'année 2003 d'après le magazine Science.

Pour en revenir à notre cape d'invisibilité, les chercheurs ont dû utiliser ces métamatériaux et toutes les ressources qu'ils permettent en optique transformative, pour courber les lignes de champ de la façon désirée. Le travail est de la même nature que le fait de confiner la lumière dans une fibre optique en jouant sur l'indice des matériaux qui la compose, mais en beaucoup, beaucoup plus complexe.

L'objectif est maintenant de créer une protection sphérique plutôt que cylindrique, pour que l'invisibilité soit réalisée dans trois dimensions. Ensuite, s'attacher à pouvoir dévier ainsi un spectre large de longueurs d'onde, plutôt qu'une seule. Et peut-être, un jour, arriver à faire de même pour les longueurs d'onde optique...

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Bédés

Je me suis amusé, hier, à chercher des blogs de dessinateurs, des bédés, des comics, etc...

Rien qu'en français, j'ai trouvé quelques perles, que je voudrais partager avec vous.

A tout seigneur tout honneur, le maître Maëster. J'adore sa série Soeur Marie-Thérèse.

Blog à part, un peu de politique, beaucoup d'humour.

Le blog de Frantico. Il a arrêté, c'est bien dommage. On peut se consoler avec les archives, et découvrir ce réalisme noir, au ton très juste.

Sombre et bizarre, dont j'adore le dessin, mais aussi l'humour. Enfin, j'espère que son dernier billet était de l'humour.

Et vous, avez-vous des adresses à partager ? Dans le monde anglophone, peut-être ?

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Une idée à suivre : transformer le CO2 en hydrocarbure

On en reparlera peut-être dans quelques années.

les chimistes spécialistes de l'électrocatalyse rêvent de changer le dioxyde de carbone (CO2) en hydrocarbures. Le principal fauteur de réchauffement climatique - relâché en quantité dans l'atmosphère par les industries et les transports - serait alors autant de carburant potentiel...

Ce rêve est porté par un programme de recherche européen, Elcat (Electrocatalytic Gas-Phase Conversion of CO2 in Confined Catalysts), dont l'objectif est de maîtriser cette réaction convoitée de "réduction" du gaz carbonique - et ce avec un très faible apport énergétique.[..]

"Le but ultime de ce travail est en quelque sorte de concevoir une cellule fonctionnant sur le même principe que la photosynthèse, c'est-à-dire capable d'utiliser l'énergie solaire et de l'eau pour transformer du dioxyde de carbone en produits utiles entrant dans la composition de nos carburants actuels", explique Gauthier Winé, chercheur au sein du groupe Carbures et nanostructures du Laboratoire des matériaux, surfaces et procédés pour la catalyse (LMSPC) de Strasbourg, associé au projet.

Sur le site du Monde

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mercredi, octobre 18, 2006

Antimatière et Patascience

L’antimatière fait partie, avec les nanotechnologies, le magnétisme, la mécanique quantique et la relativité, du club restreint des sujets préférés des patascientifiques et des auteurs de techno-thrillers.

Le point de départ de ce billet est cet article de techno-science, qui parle des expériences ATHENA du CERN. Pour raccourcir la longue histoire, comme on dit, le projet Athéna visait à produire en grande quantité de l’antimatière, de l’antihydrogène pour être précis. Et, par-dessus le marché, de l’antihydrogène froid, c’est-à-dire au repos : il n’est pas question ici de chocs cataclysmiques à des téra-péta électrons-volt, mais de la matière (enfin non, de l’antimatière) au repos, stockable, manipulable. De quoi, même, faire des réactions chimiques. Un objet d’observations scientifique comme un autre, donc.

Et pourtant, le sujet fascine. Dan Brown, par exemple, l’a utilisé de façon ridicule pour son très mauvais Anges et Démons. D’une façon générale, en fait, tout ce qui avait trait à la technologie, dans Anges et Démons, était ridicule. Je suppose que tous les lecteurs du Da Vinci Code ayant un minimum de connaissances en théologie ont dû avoir la même impression. Les auteurs de SF utilisent assez massivement l’antimatière comme « baguette magique » pour produire de l’énergie ; ce qui me fait me demander, comme pour Dan Brown, comment ils évitent les chocs avec les parois (merci de ne pas me ressortir le vide super-poussé et le champ magnétique surpuissant dans une canette de coca :-) ). Le rendement est, par ailleurs, très faible, de l’ordre de un pour un milliard.

Il est facile, avec ces domaines scientifiquement difficiles d’accès, aux effets parfois contre-intuitifs, d’exploiter l’ignorance générale. L’antimatière paraît mystérieuse alors qu’elle est, par exemple, utilisée couramment à l’hôpital dans scanners à émission de positrons (PET). Ma petite pierre à l’édifice sera, pour ce soir, de vous conseiller ces quelques excellents liens sur l’antimatière :

Futura-Science

Live from CERN

Scientific American

Et vous, trouvez-vous qu’il s’agit d’un sujet mystérieux ? Au-delà des connaissances scientifiques précises que presque personne n’a, et surtout pas moi, avez-vous une idée assez claire de ce qu’est l’antimatière ?

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Retour aux affaires

Après ce délicieux Suicide Prevention Day, il est bien dur de se remettre au travail. Et j'inclus ce blog.

Je ne sais pas si vous tenez un blog, et, si oui, si vous avez la même impression que moi. Autant l'écriture est aisée quand elle est régulière, autant elle est difficile après une interruption.

Bon, passons. Le débat entre les présidentiables socialistes a eu lieu ; Phersu a résumé cet épisode ennuyeux en un billet extrèmement amusant. EDIT : A noter aussi, un débat intéressant entre Hugues et Guillermo chez ce dernier.

Ah, au fait, c'est passé inaperçu, mais la médecine a été révolutionnée la semaine dernière. Des chercheurs (MIT et Hong-Kong University) ont créé un liquide qui permet d'arrêter les saignements en une quinzaine de secondes. Il s'agit d'une solution de peptides, qui s'auto-assemblent et forment un gel au contact d'un organe. Ce gel enmpêche le saignement, est bio-compatible, et offre une matrice (scaffold) améliorant la régénération et diminuant les cicatrices. La chirurgie, la façon d'administrer les premiers soins, la médecine urgentiste, vont être profondément modifiées. Mark my words

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dimanche, octobre 15, 2006

No-suicide days


Je profite de mon no-suicide weekend pour profiter de la personne que j'aime. Pour cette raison, pas de billets depuis vendredi, et pas avant mardi.

A ce propos, savez-vous ce que signifie no-suicide day ? Exactement ce qu'il semble signifier : à la place de donner des vacances aux étudiants, les américains ont des weekends prolongés environ une fois par mois. Histoire de décompresser, mais sans rester loin du boulot trop longtemps, tout de même...

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jeudi, octobre 12, 2006

Bush fait des bulles dans l'eau


Avec un titre comme celui-là, j'ai des chances de récupérer quelques America-bashers via Google. Mais l'autre titre que j'aurais pu mettre, c'est : Quand la Science ressemble à un tableau de Matisse. Je vous invite à découvrir quelques superbes images, qui montrent comme la recherche scientifique n'est jamais loin de la Beauté.






John W.M. Bush, donc, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est un mathématicien du MIT. Un mathématicien pas comme les autres : quand certains de ses collègues s'intéressent à la mécanique des fluides, c'est pour trouver des méthodes de résolution de l'affreuse équation de Navier-Stokes. Lui s'intéresse à des jets d'eau et aux formes qui apparaissent. Il est dans le genre d'un David Quéré (l'interview sera en direct le 13 octobre) en France. Ses expériences sont tellement simples, tellement belles, tellement amusantes, qu'on en oublierait volontiers le caractère scientifique. Et pourtant, c'est de la belle physique qu'il y a en filigrane : sans mathématiques compliquées, ses expériences font appel à des raisonnements pointus qui nécessitent une solide compréhension des phénomènes en jeu.


Quand un jet d'eau vertical percute une surface plane, il forme un disque horizontal. Chacun peut faire l'expérience dans son évier, en plaçant sous le jet un petit objet plat. Toutefois, ce disque peut être modifié par certains paramètres : vitesse du jet, viscosité du fluide, tension de surface. Chacun de ses paramètres peut être contrôlé de façon très simple, en ajoutant de la glycérine ou du savon, par exemple. Sur cette première image, la viscosité a été augmentée. La gravité a alors plus de temps pour faire son effet : le disque se referme en une superbe bulle.



D'autres modifications conduisent à des instabilités très régulières. Ici, la forme du "parasol" est obtenue quand viscosité et tension de surface s'opposent. Il n'est alors pas favorable pour le fluide de former un large disque, et seuls quelques jets secondaires, répartis régulièrement, subsistent.

Voilà un exemple encore plus impressionant de forme géométrique. D'autres images peuvent être trouvées ici. Cherchez en particulier la photo de la bulle polygonale. Elle est vraiment spectaculaire, et je n'ai aucune idée de la façon dont elle a pu être créée.





Autre sujet d'intérêt : la collision de deux jets obliques. Vous ne vous étiez jamais rendu compte de ce que l'on pouvait faire avec deux jets d'eau ? Voilà ce que cela peut donner en caméra ultrarapide.

Les arêtes de poisson.





Le Collier.


D'autres images sur le même thème peuvent être trouvées ici.






Plus récemment, John Bush s'est intéressé au mouvement des insectes sur l'eau. Pour résumer la physique du problème, ces insectes sont suffisament léger pour être portés par la tension superficielle de l'eau, la même que celle qui vous permet de remplir un verre d'eau quelques millimètres au-dessus du bord. Leurs longues pattes sont couvertes de poils hydrophobes, leur assurant une répulsion suffisante par l'eau. Il a ainsi créé le premier robot marchant sur l'eau...





Mais pour cela, il a dû étudier le mouvement des insectes. Sur de l'eau avec un peu de bleu de méthylène, cela donne cette prise de vue sublime, qui lui a valu de faire la couverture de Nature. Je vous laisse admirer...

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Atomates intelligents


Je suis tombé sur le site d'Automates Intelligents, le site de Jean-Paul Basquiast et Christophe Jacquemin. Ils ont aussi un blog.



Ils parlent politique, science, actualité de la recherche, technologie. Leurs centres d'intérêts sont bien décrits par leur page de liens :
  • Vie et Intelligence Artificielle
  • Réalité virtuelle et augmentée
  • Robotique
  • Sciences Cognitives, Neurosciences
  • Nanosciences
  • Biologie
  • Sciences humaines
  • Sciences politiques
Tout un programme, donc. Au-delà des nombreux et passionants articles sur les réseaux, la conscience, ou encore l'intelligence artificielle, ils contribuent à la réflexion sur l'éthique des sciences et leur place dans la société. Leur vision de la société est très systémique, j'ai l'impression, d'où leur nom. Un point de vue intéressant, même s'il me semble parfois un peu outrancier. Ils présentent leurs buts ainsi :

- vulgariser le plus possible auprès du citoyen les travaux et réflexions des sciences et techniques concernées,
- replacer sur le plan politique et philosophique les travaux et perspectives présentés,
- créer un site en français, utilisant les ressources de l'Internet, aussi bien pour l'accès aux sources que pour la publication des documents ou informations produits[..].
- rassembler la communauté la plus large possible autour du domaine des automates intelligents[..].

Le mélange des genres est parfois contestable, parfois intéressant, mais en tout cas, leurs articles sont toujours longs, travaillés, documentés. Ils réussissent la prouesse d'être engagés sans être polémiques, pour promouvoir une société basée sur la connaissance, la raison et la science. A visiter, à commenter.

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mercredi, octobre 11, 2006

Une courte réflexion sur l’évolution




Tout à l’heure m’est venu une idée sur la théorie de l’évolution, dont je souhaitais parler avec vous.



Remarque préalable : ce post n’est pas là pour discuter de la validité ou non de la théorie de l’évolution. Je n’ai pas envie de me lancer dans un enième combat contre les créationnistes. Ce type de sujet peut vite déraper, alors je vous demande, si vous intervenez en commentaires, de vous attacher aux idées développées ici.

L’évolution des espèces et de leurs facultés, telle que nous la comprenons, suppose une amélioration progressive des facultés, via des mutations aléatoires. En simplifiant grossièrement, l’organe crée la fonction : il me pousse un œil, je vois, il me pousse des ailes, je vole. En simplifiant un peu moins, il s’agit en fait de mutations, qui peuvent être handicapantes, neutres ou bénéfiques.

- Les mutations handicapantes, voire létales, sont immédiatement éliminés de la compétition des gènes.

- Les mutations directement utiles sont les plus rares.

- Reste le cas des mutations neutres sur le moment : leur utilité, ou leur handicap, se révèle lors des périodes de stress. Ces mutations, les plus nombreuses, permettent l’accumulation progressive de caractères non-handicapants, qui sont tout d’un coup sélectionnés lors d’un changement dans l’environnement.

Ce mécanisme permet d’expliquer la formation des organes les plus complexes. Il permet de répondre à l’argument habituel des créationnistes[1] « la quantité de mutations positives pour former un organe complexe est très grande, donc la probabilité pour que cela ait été fait sans l’intervention d’un Dessin Intelligent est trop faible ». L’œil est souvent cité en exemple. La formation de la rétine, passe encore, elle a une utilité directe, mais la cornée et le cristallin sont inutiles l’un sans l’autre, donc ils ont dû apparaître ensemble, ce qui est statistiquement impossible. L’explication est que dès la première cellule photosensible, et à chaque mutation gagnante, l’avantage évolutionniste est énorme, j’en ai la preuve tous les matins quand je ne trouve pas mes lunettes. Ensuite, toutes les modifications qui ne réduisent pas la qualité de la vision s’ajoutent – jusqu’à trouver la combinaison gagnante cornée-cristallin-rétine, par exemple. Toutes les modifications ne sont donc pas arrivées en même temps, ce qui les rend possibles.

Après ce rappel très bref et sûrement trop simpliste, j’en viens à mon interrogation. Se pourrait-il qu’il y ait des états impossibles à atteindre, tous les chemins y conduisant passant par des mutations handicapantes ? Trouver des exemples est difficile, car, justement, il s’agirait de certaines combinaisons dans la Grande Bibliothèque des Mutations n’ayant jamais été formées. Un trou noir dans la carte génétique, un répulseur[2] dans le système chaotique des mutations.

Si l’on dit que la Nature ne revient jamais en arrière, alors l’ensemble de ces états impossibles inclut déjà tous ceux qui nient les fondements de la vie telle qu’elle s’est organisée sur la Terre. J’en imagine quelques-uns : des animaux procaryotes, des tissus faits de cellules sans barrière lipidique, comme une vaste soupe d’enzymes et autres protéines, ou encore un code génétique porté sur d’autres molécules que l’ADN (l’ADN qui code sa propre extinction ? Ca ne me ferait pas trop de mal de relire Dawkins, je pense, et ça pourrait me donner l’idée d’un billet).

Pour aller plus loin, peut-on imaginer un organe, ou un mécanisme biologique, dont la création aurait obligatoirement nécessité de passer par des états létaux ? Ou, dans une version moins contraignante, par des désavantages concurrentiels ? Dans ce deuxième cas, la formation de l’organe aurait pu se faire en temps court, avec un grand nombre de mutations correspondantes (mais défavorables) rapprochées. Presque une meilleure preuve de l’intervention divine que tous les délires créationnistes !

Il ne reste qu’à faire travailler l’imagination. Allez, je me lance : il n’y a pas de mammifères à six pattes, car cela nécessiterait le passage par un état à 5 pattes, instable.

Je vois au moins deux objections à cette proposition. Et vous, qu’en pensez-vous, avez-vous des idées ?

Voilà, ceci était une démonstration que toutes les idées bizarres et farfelues qui nous passent dans la tête ne sont pas destinées à être publiées sur un blog :-)



[1] Zut, je m’étais juré de ne pas parler des créationnistes.

[2] L’opposé d’un attracteur. Je ne sais pas s’il y a un terme défini : je veux dire ici un état de probabilité nulle, ou très instable, en fonction du système considéré.

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Dans la vraie vie, je ne suis pas monomaniaque

Je préfère préciser, parce que là, vous allez commencer à croire que je ne parle que d’environnement et de biotechnologie.


Image : NASA




En matière de lutte contre le réchauffement climatique, il semble que les américains ont un messie, un catalyseur de bonnes volonté, un mécène, et même Terminator dans leurs rangs. En France, nous avons des non-spécialistes qui donnent des avis divergents. Il semble que Claude Allègre soit perçu comme un dissident contre la pensée « mainstream », ce qui est plutôt de mauvais augure pour la suite. J’espère que le débat chez Authueil va s’installer et qu’il sera de bonne qualité, et surtout qu’il changera d’avis, car ça me désole de voir quelqu’un d’aussi manifestement intelligent se fourvoyer dans des théories aussi fumeuses.

Vous vous souvenez sûrement d’avoir grincé des dents quand les Etats-Unis n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto. A l’époque, les Français (pardon pour cette généralisation, mais elle n’est pas si fausse) s’indignaient que des scientifiques ultra-minoritaires, contestant le changement climatique, servent d’alibi aux hommes politiques américains pour céder aux sirènes des lobbys industriels. N’y aurait-il pas comme un ironique renversement de situation ?

Cependant, je suis optimiste. Le réchauffement climatique est en train de devenir politiquement correct. La lutte contre l’effet de serre, ou pour l’environnement en général, commencent à devenir un passage obligé pour les hommes politiques, des deux côtés de l’Atlantique. Bientôt, un peu plus tôt aux Etat-Unis, un peu plus tard dans le reste du monde, les rapports de force s’inverseront, comme ils l’ont fait pour le tabac. Le lobby des fumeurs et des marchands de tabac est devenu plus faible que l’opinion publique ; les industriels, les constructeurs automobiles, et autres industries polluantes, devront eux aussi s’adapter. Les calculs politiques montreront qu’il sera plus rentable de s’attaquer au problème climatique que de faire semblant de l’ignorer. Certains parleront d’un délire hygiéniste, d’une croisade médiatique, et ils auront peut-être raison – mais au moins, des solutions seront mises en œuvre. Voir ici un exemple pour le tabac

C’est bien beau de dire que les choses vont changer, mais là, tout de suite, que faire ? Ce site canadien est le plus complet que j’ai trouvé pour ce qui est des actions que chacun peut faire pour réduire son impact énergétique. Pour la France, cet article du Monde, titré « Un rapport estime que la France peut diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre », suggère que la piste principale à explorer est la maîtrise des dépenses énergétiques. Je n’ai pas retrouvé ce rapport, mais cette position, défendue de longue date par les écologistes, justifie le lien précédent : chaque citoyen est responsable, à son échelle, des progrès à accomplir. Comme on dit, il n’y a pas de petites économies si on est soixante millions à les faire. Cependant, je pense que l’on peut être plus optimiste que l’article sur l’amélioration des technologies liées aux énergies propres. Je me souviens aussi d’avoir lu dans Science qu’il était envisagé de stocker dans les anciens puits de pétrole le dioxyde de carbone de l’air : c’est peu coûteux et la technologie est très bien maîtrisée par l’industrie pétrolière. Il y a urgence, si l’on veut éviter un dégel brutal du permafrost ou des hydrates de carbones.

Quoi d’autre ? Le durcissement du marché du carbone, comme en Californie, ainsi qu’un certain nombre de mesures coercitives vis-à-vis des industries polluantes, peut avoir paradoxalement un effet stimulant sur l’économie. C’est toujours le même refrain : pour peu que la recherche, l’innovation et la création de startups technologiques soient encouragées, il est possible d’espérer des gains importants dans le secteur des technologies non polluantes ou de dépollution ! Je pense que la Californie va fournir dans quelques années la preuve qu’il est possible de stimuler l’économie par l’écologie. En plus d’avoir un solide tissu de recherche, la condition est d’être parmi les premiers à le faire, pour attirer les entrepreneurs et les innovateurs. Alors, n’attendons pas.

EDIT : quand je dis que les choses s'accélèrent : voila maintenant que les maires de grandes villes américaines s'associent pour faire pression sur le gouvernement fédéral pour ratifier le protocole de Kyoto, et encourager des initiatives locales.

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mardi, octobre 10, 2006

Crazyness

J'écris juste un petit mot rapide pour dire que le rythme est devenu un peu fou pour moi ces derniers jours, ce qui m'empêche de continuer les billets que j'ai commencé. Je ne suis pas aussi à l'aise que certains pour écrire mes textes : j'ai besoin de pas mal de temps, ne serait-ce que pour réunir mes idées.

Voilà, tout ça pour dire que je ne vous oublie pas et que je suis bientôt de retour !

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lundi, octobre 09, 2006

On n'arrête pas le progrès

Suite à un email d'un lecteur, que je remercie, j'ai ajouté les flux RSS (et Atom) de mon blog dans la barre sur le côté gauche. Je cherche aussi à afficher les commentaires récents sur le côté, en utilisant cette méthode, mais ça n'a pas l'air de fonctionner parfaitement. Ne vous étonnez pas, donc, si pendant quelques temps les commentaires laconiques partageant avec le monde le texte "test" se multiplient. Et vous pouvez profiter de la jolie spirale de chargement pendant ce temps, donc vous n'y perdez pas au change.

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dimanche, octobre 08, 2006

Nous ne sommes pas seuls


Des chercheurs en colère devant l'incurie scientifique de leur gouvernement. Des scientifiques désabusés devant l'autisme des politiques et leur manque d'intérêt pour la recherche. Des savants et des ingénieurs qui placent leurs espoirs dans les prochaines échéances politiques et qui forment une association pour faire entendre leur voix dans la campagne.

Cela se passe en France ?

Non, aux Etats-Unis !

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Têtes à Claques

Le dernier ajout dans mes favoris : ce site. De l'animation québécoise, bientôt culte ! J'adore cet épisode en particulier.

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samedi, octobre 07, 2006

Le revers de la médaille

Je suis loin, très loin, d'être le dernier à vouloir réformer la façon dont est organisée la recherche en France.

Chercher à lier industrie et labo publics est une bonne chose. Pousser les uns à faire faire leur recherche par des thésards est bon pour la science en général. Pousser les autres à s'activer un peu pour trouver des financements privés, chercher des applications possibles aux avancées fondamentales, et arrêter de voir la recherche pour l'industrie comme une trahison intellectuelle, ne serait pas un mal non plus.


Mais, comme toujours, il faut se méfier de voir l'herbe dans le champ du voisin plus verte qu'elle ne l'est en réalité. La fermeture de labos peu rentables, véritable épouvantail agité par les chercheurs français, est un phénomène réel, même si rare. Le danger de se désinteresser de la recherche non-rentable (typiquement, physique des particules, mathématiques, archéologie, la liste est longue) est bien présent dans un système financé par les entreprises plutôt que par l'Etat.

Cependant, des systèmes "hybrides" peuvent être la bonne solution. Au MIT, un certain pourcentage des contrats dans les départements "riches", comme Chemical engineering ou Materials Science, est toujours affecté aux départements moins bien lotis, y compris les humanités. Autre exemple, en France, à côté du CNRS, qui finance les postes, on trouve l'Agence Nationale pour la Recherche, qui finance les projets.

Cela me semble aller dans la bonne voie, qu'en pensez-vous ?

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vendredi, octobre 06, 2006

Prix Ig Nobel : Ils font rire, puis réfléchir


Subtil contrepoint à mon billet sur les prix Nobel, les prix IgNobel 2006 ont été décernés hier. Ce prix, sponsorisé par le journal Improbable Research, récompense des chercheurs, qui, tout sérieux qu’ils soient, se sont avancés vers les extrêmes de la science improbable. Pour nous faire rire, puis réfléchir. Oui, enfin, rire surtout :- )

Quelques lauréats :

  • Ornithologie : Ivan Schwab pour « Pourquoi les picverts n’ont pas de migraine ».

  • Paix (sic) : Howard Stapleton pour la découverte de la fameuse sonnerie-que-seules-les-jeunes-entendent.

  • Acoustique : Lynn Halpern, Randolph Blaken et James Hillenbrand, pour avoir expliqué pourquoi le bruit des ongles sur un tableau noir est insupportable. Il s’agirait d’un vieux réflexe animal face à un son d’alarme.

  • Mathématiques : Nic Svenson et Piers Barnes, pour avoir calculé combien il faut prendre de photos de groupe pour que, sur au moins l’une d’entre elle, personne n’ait les yeux fermés. La réponse serait, pour un groupe de N personnes, N/3 si la lumière est bonne, N/2 si la pénombre nécessite un flash.

  • Médecine (re-sic) : Francis Fesmire pour avoir trouvé une façon de guérir certains hoquets irrépressibles par massage rectal. La récompense a été partagée avec Majed Odeh, Harry Bassan, et Arie Oliven du centre médical Bnai Zion de Haifa en Israel, pour la réussite dans l’application clinique de cette technique. Fesmire a par ailleurs distribué des gants en latex et du lubrifiant à la fin de sa conférence scientifique.

  • On saluera la reconnaissance des Français Basile Audoly et Sebastien Neukirch de l’Université Pierre et Marie Curie de Paris. Ils ont obtenu le prix de Physique pour avoir expliqué pour les spaghettis crus ne se cassaient pas en deux, mais en plusieurs morceaux.

Et après ça on ose dire que la recherche française se porte mal.

Un petit dernier, excellent :

  • En Chimie, Antonio Mulet, José Javier Benedito, José Bon et Carmen Rossello ont été récompensés pour avoir étudié la variation de la vitesse du son dans le cheddar fondu, en fonction de la température…

… et en plus, ils me donnent l’idée de l’image à mettre.

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La question de Dieu, ou le collectif organisé


La question de l’existence et du rôle de Dieu et de la croyance semble être le hot topic de la semaine. Krystoff et Koz ont écrit deux très intéressants billets sur le sujet, que puis-je ajouter ? Mon expérience personnelle semble être assez différente des deux précédentes.



A une certaine époque où je faisais beaucoup de physique, Dieu représentait le "Oui, mais pourquoi... ?" qui se trouve à la fin de toute recherche fondamentale. La Nature fonctionne en fonction de lois, de principes, qui nous semblent naturels : minimum d'énergie, conservation, etc, etc. Oui, mais pourquoi ? Pourquoi ces règles et pas d’autres ? On se sent parfois l’âme d’un écrivain de SF, à imaginer des mondes parallèles où les lois fondamentales sont différentes. Quoiqu’il en soit, dans ce paradigme, Dieu apporte du sens à la compréhension du monde. Il est le concepteur qui fixe les règles, nous laissant le soin de les retrouver. C’est un Dieu light par rapport au Dieu Tout-Puissant, présent en toutes choses et en tous actes : c’est un Dieu qui se contente de fixer des principes et qui regarde les évènements se dérouler en fonction de ceux-ci, sans intervenir. C’est une façon de penser relativement répandue chez les scientifiques, d'ailleurs. Théoriser le Big Bang doit pousser aux réflexions mystiques, je pense.

Tout à changé pour moi quand je me suis intéressé aux sciences cognitives, à la psychologie, au fonctionnement du cerveau. Là, on se met vraiment à toucher du doigt que la conscience pourrait être (n'être que, diraient certains) un comportement collectif issu de la complexité d'un ensemble d'éléments simples. Je suis enthousiasmé par cette idée : n’y aurait-il pas de la beauté à ce que la conception du Moi émerge de processus élémentaires et d’un ensemble de règles simples ? J’aimerais que cette idée ne soit pas confondu avec du matérialisme réductionniste à l’ancienne, comme l’horloge de Descartes. La complexité d’un système fait émerger différents étages de processus. Ces étages ne sont certes pas indépendants, mais ce qui se passe à un étage donné ne peut absolument pas être réduit aux règles de l’étage inférieur.

Illustrons cela avec un autre exemple de la complexité.

- Les règles de la génétique sont indépendantes du fonctionnement de l’ADN, et pourraient être écrites sur un autre support : un programme informatique, par exemple.

- Le fonctionnement de l’ADN est indépendant de la nature chimique des nucléotides. Il pourrait fonctionner de la même façon avec n’importe quel jeu de bases hétérocomplémentaires ATGC.

Une illustration informatique, très simple, de cette idée peut être trouvée dans le Jeu de la Vie : les planeurs, canons, prédateurs et proie, cycle de vie et de mort, de cet automate cellulaire forment un niveau supérieur de complexité. Richard Dennett parle de tout cela bien mieux que moi… En tout cas, au fur et à mesure ou je creusais ces idées d’auto-organisation, d’évolution, et d’émergence de forme dans un système complexe, j’ai été vraiment pénétré par cette vision du monde. Une sorte de révélation mystique !

J’en suis revenu, du coup, à penser que la croyance en un Dieu (Tout-Puissant ou Arbitre) n’est qu’une solution de facilité. Krystoff écrit que la Foi recule quand la Raison avance, et Koz répond que dans ce cas, la Raison avance accompagnée de la Folie. Oui, sauf si l’on a une autre explication à l’absurdité du monde. L’émergence de formes sensées d’un bouillon de processus insensés en est une, pour moi, et très belle. Je continue, toutefois, à y réfléchir…

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jeudi, octobre 05, 2006

Chat avec Bertrand Montubert, président de Sauvons la Recherche


Le chat avec Bertrand Montubert, président de l'association Sauvons la Recherche, est en ligne. Il revient sur l'audition par les candidats à la présidentielle, lors de l'université d'Eté de l'association. On s'en contentera, la fameuse télé CanalU n'étant pas très user-friendly (toute aide pour retrouver les interventions des candidats en vidéo est acceptée). Il parle aussi, de façon plus générale, de la recherche, en France ou à l'étranger.



Je suis déçu : contrairement à ce que je disais ici, Ségolène Royal n'est pas venue. Elle et Dominique Strauss-Kahn auraient pu faire comme Laurent Fabius, y aller et y annoncer sa candidature, mais ils ne voulaient certainement pas se rencontrer. C'est mesquin.

En tout cas, Bertrand Monthubert confirme bien mes impressions : la recherche commence à être un thème politique important, et c'est tant mieux. Les candidats socialistes, à la différence de leur projet muet, semblent en faire une priorité. Ségolène Royal, en particulier, en parle beaucoup, et semble y accorder de l'importance. Ma question est surtout de savoir si ils n'y réfléchissent qu'en terme de moyens, ou s'ils réfléchissent à améliorer le système. François Bayrou, ancien ministre de la Recherche, est assez crédible aussi. Nicolas Sarkozy, par contre, ne semble pas en avoir fait une priorité. A noter tout de même, car je fais ce que je peux pour ne pas tomber dans la facilité quand il s’agit de Nicolas Sarkozy, que l’UMP a organisé une convention sur le thème de la Société de la Connaissance. Certaines propositions ne sont pas stupides, j’essaierai de parler des idées du PS, de l’UDF et de l’UMP sur le sujet dans un prochain billet.


Au passage, un article de Télérama sur les chercheurs, assez symptomatique à la fois de ce que l'on peut reprocher au gouvernement français, et aux chercheurs et thésards français. A lire en se disant qu'en France, tout n'est pas à jeter, tout n'est pas à garder.

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Nouveautés sur le blog

J'ai essayé quelques techniques sur le blog : les labels, changer la mise en page, mettre plus de photos, le fait de cacher les textes les plus longs. Par contre je n'arrive pas à afficher un peu de texte avant le lien "lire la suite", work in progress donc. J'espère que ca vous plaît !

L'audience du blog augmente petit à petit, c'est flatteur. N'hésitez pas à poster plus de commentaires ! Il y en a, de temps en temps, mais jamais assez, bien sûr. C'est toujours intéressant d'engager la conversation sur un billet où j'ai essayé d'exposer mes idées.

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Bereno a disparu

Il n'était pas dans ma Blogroll, mais je le lisais régulièrement. Inspecteur du travail, il parlait de la vie dans les entreprises. Horriblement partial, toujours du coté des gentils employés contre les méchants patrons. Mais sacrément intéressant. Depuis hier, il a disparu (les restes du blog de Bereno ici). D'après ce blog, il s'agirait de pressions de son Ministère. Eolas cherche à le contacter, bientôt une nouvelle affaire Garfield ?

EDIT : Eolas reprend les éléments de cette triste affaire.

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mercredi, octobre 04, 2006

Environnement et innovation


D'un côté, Dominique de Villepin : son Pacte pour l'Environnement fait suite à la Charte de l'Environnement de Jacques Chirac. Il accorde divers moyens financiers pour investir dans des batiments ou infrastructures plus écologiques, et 100 millions d'euros pour la recherche sur les moteurs hybrides. Les mesures contraignantes semblent avoir été oubliée, mais, après tout, puisque c'est un pacte, tout le monde est d'accord, non ? L'objectif est de réduire les émissions de CO2 de 6%.

De l'autre, Conan le Barbare, le Gouverneur Arnold Schwarzenegger de Californie, passe une loi imposant la réduction de C02 de 25% avant 2020, ne renouvelle pas ses contrats avec les fournisseurs d'électricité trop polluant, poursuit en justice des fabricants automobiles pour "nuisance publique". D'importantes retombées économiques sont attendues via la stimulation de la recherche et de l'innovation dans le domaine des énergies propres, des filtres à haute efficacité, et autres technologies d'avenir.

Pourquoi ais-je l'impression que l'Etat Français, même quand il a de bonnes idées, se trompe toujours sur la méthode ? Le monde sera-t-il sauvé par un héros bodybuildé, Républicain, partisan de la peine de mort ?

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Recherche médicale et... Prix Nobel



Je parlais ici de l'importance économique et scientifique de la recherche en médecine. Je soulignais le caractère interdisciplinaire de ce domaine. Et, justement, les prix Nobel de Chimie et de Médecine ont tous les deux été décernés pour la découverte de mécanismes biologiques. Biologie, Chimie, Médecine... Tout se tient.



Le prix Nobel de Médecine a été décerné à Andrew Fire et Craig Mello pour la découverte de l'ARN interférent. C'est une sorte "d'interrupteur" génétique : un brin d'ARNi est capable de se greffer sur un gène pour, comme son nom l'indique, interférer avec l'activité du gène. Cette découverte explique une bonne partie des anomalies à la théorie de Darwin, et est porteuse de beaucoup d'espoir en matière de thérapie génique. Un gène déficient ou mutant, à l'origine d'une maladie génétique ou d'un cancer, pourrait ainsi être "éteint". L'importance de cette découverte se mesure au fait que les lauréats n'ont attendu que 8 ans pour être récompensés, alors que la vénérable institution prend d'habitude plusieurs décennies pour être sûre de trier le bon grain de l'ivraie.

Le prix Nobel de Chimie est étonnant proche du précédent. Il porte sur la transcription de l'ADN en ARN chez les eucaryotes (cellules avec noyau). Roger Kornberg a ainsi décrit la synthèse de l'ARN à partir de l'ADN, ARN servant ensuite à synthétiser des protéines. Cette étape est capitale, et commande par exemple la différenciation d'une cellule-souche en une cellule spécialisée de l'organisme. Pour la petite histoire, Arthur, le père de Roger, avait obtenu le prix Nobel de Médecine en 1959 pour l'étude de la réplication de l'ADN !

Enfin, on change un peu de sujet avec le prix Nobel de Physique. L'étude du rayonnement de fond cosmique (c'est-à-dire, le signal ténu que vous obtiendriez en braquant une caméra spécialisée vers les zones les plus noires du ciel) par John Mather et Georges Smoot vient appuyer solidement la théorie du Big Bang. En effet, il s'agit de la seule théorie qui rende compte de cet effet, excusez du peu...

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La fuite des cerveaux : mythe ou réalité ?

C’est sous ce titre que Jean François-Poncet publiait, en 2000, ce rapport d’information pour la commission économique du Sénat. Il y souligne plusieurs traits majeurs de l’expatriation des Français qualifiés, la fameuse « fuite des cerveaux » : l’accélération de ce flux, et la tendance à l’expatriation à devenir définitive. Il analyse les conséquences négatives que ce mouvement a pour la France, en cherche les causes, et propose quelques solutions.

On peut distinguer, et le rapport ne le fait peut-être pas assez, deux types de populations concernées par ce phénomène, qui ont des motivations bien distinctes : les étudiants ou chercheurs, et les entrepreneurs.

Les étudiants et les chercheurs partent pour diversifier leur expérience : ce sont des périodes très enrichissantes au plan personnel, et bien maîtriser une langue étrangère et être capable de s’adapter quelques mois ou quelques années à une culture différentes sont des atouts importants sur le CV. Les universités étrangères sont souvent bien plus connues (voir aussi ici, moins controversé) dans le monde que les françaises, cela joue beaucoup. L’environnement de la recherche est aussi souvent perçu comme plus ouvert qu’en France. J’en parlais dans ma note précédente : là où les unités de recherche en France sont souvent assez cloisonnées, les départements, aux Etats-Unis, sont très multidisciplinaires, ce qui tend à stimuler la créativité. Je ne sais pas, par contre, quelle est la situation dans d’autres pays. Enfin, les perspectives de carrière sont beaucoup plus intéressantes à l’étranger pour les jeunes chercheurs. En France, la thèse n’est pas valorisée en entreprise : les thésards sont vus comme trop spécialisés, incapables de s’adapter au monde réel, destinés à être profs ou chercheurs. Même pour les diplômés d’une école d’ingénieurs, il n’est conseillé de faire de la recherche que pour aller en R&D. Les choses changent, certes, mais la différence est frappante avec les Etats-Unis. Les titulaires d’un PhD ont les meilleurs postes en entreprise, les meilleurs salaires. Ils ont le statut social des diplômés d’écoles d’ingénieurs. Leur travail de recherche (à peu près identique à celui d’une thèse française) est reconnu comme la capacité à approfondir un sujet, à conduire un projet, comme une marque d’expertise. Rien à voir avec la caricature française infamante dont on peut trouver un exemple ici. Une meilleure image de la thèse peut-être vue sur l’intéressant blog Carnet de Thèse. Les post-doc, là encore, sont plus valorisés socialement aux USA, où ils font tourner les labos et ont de vrais moyens, qu’en France, où ils sont vus comme des étudiants attardés. Je ne donnerai pas de chiffres, de salaires moyens, tant ces comparaisons sont inutiles : le coût de la vie n’est pas du tout le même dans les différents pays. Mais en termes de statut social, de reconnaissance, d’accomplissement personnel, il n’y a pas photo : les thésards ont tout intérêt à s’expatrier.

Pour ce qui est des entrepreneurs, il ne semble pas que le climat soit propice à la création d’entreprises en France. Est-ce seulement le climat, le « déclinisme », qui fait que l’air semble plus vivifiant ailleurs ? Peut-être, peut-être pas. Le rapport François-Poncet donne quelques éléments de réponse. Il fallait 15 formalités administratives pour créer son entreprise en France, contre 8 en Allemagne. Il n’y a pas de capital minimum pour créer une SARL au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, contre 50 000 francs, à l’époque, en France. Les choses ont l’air de s’être améliorées, puisqu’on trouve un certain nombre d’informations et de formulaires en ligne, sur différents sites comme celui-ci ou celui-la. Enfin, toujours est-il que créer son entreprise semble difficile en France (67% des Français le pense, contre 30% des Finlandais), mais il est difficile de quantifier l’impact que cela peut avoir sur l’expatriation.

D’autres arguments sont avancés : le haut niveau de taxes, le manque de flexibilité du marché du travail, l’impossibilité d’utiliser trop librement les stock-options pour fidéliser ses collaborateurs. Ces arguments attendus de la part d’un sénateur UMP sont écartés par un Entrepreneur de Gauche, qui, lui, pose le problème des banquiers trop frileux. Les capitals-risqueurs ne sont pas très présents en France. Ava relève ici (et là six mois après) que l’investissement dans les petites entreprises technologiques s’élève à 23 Md$ par an aux USA, 1 Md$ en Israël, et 600 millions de dollars en France. Le résultat est là : d’après le rapport du Sénat, en 1989, le nombre total de créations d'entreprises s'élevait en effet à 310.000, dix ans après elles ne sont plus que 269.000.

Je ne sais pas quelle pourrait être la solution à une telle situation. Elle ne passe certainement pas par l’Etat, j’imagine mal un capital-risqueur étatique avoir autant de moyens, et de flair, qu’un bon business angel. Mais comment changer la psychologie des banquiers, voire des Français en général ? La tâche semble d’autant plus ardue que Sarkozy qui, par son orientation politique, devrait être le champion de la création d’entreprise, se désintéresse de la recherche et de l’innovation.



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dimanche, octobre 01, 2006

Recherche médicale et interdisciplinarité

EDIT : Des copié-collés hasardeux ont conduit à la disparition d'un paragraphe dans la version originale du billet, qui perdait un peu de sa cohérence. C'est maintenant réparé.

Avec le vieillissement régulier de la population des pays occidentaux, les soins médicaux prennent une part de plus en plus importante dans l’économie. A l’accroissement du besoin en soins médicaux, qui augmente avec la proportion de personnes âgées, s’ajoute le mythe, de plus en plus présent, de l’Homme rendu immortel par les progrès de la médecine. L’Homme réparable est un fantasme qui suscite encore plus d’envie de médicalisation : il est insupportable de boiter, d’avoir des rhumatismes. Ce n’est pas une critique : moi-même, j’ai souvent mal au dos, et je déteste ça. Si je connaissais un traitement adapté, et si je voyais d’autres personnes en bénéficier, je mettrai probablement la main à la poche pour supprimer la douleur. Cependant, peut-être cela serait-il au-dessus de mes moyens. Par contre, comme il se trouve les économies ont tendances à s’accumuler avec le temps, les personnes âgées combinent le désir, le besoin et la possibilité d’utiliser des soins couteux. Voilà pourquoi les dépenses de santé, qui représentaient en 2000, en France, 100 milliards d’euros, soit 6,8% du PIB, devraient voir leur part grimper à 8ou 9% du PIB à l’horizon 2010.

La recherche dans ce domaine est promise à un bel avenir. En effet, dans cet univers très concurrentiel, et sur un marché aussi important, la moindre avancée décisive prend une importance capitale. La firme qui met sur le marché un produit un peu meilleur que ses concurrents va immédiatement s’arroger des parts de marché énormes, pour plusieurs raisons. Le surcoût d’un produit plus efficace n’est souvent pas vu par le médecin ou son patient, grâce aux organismes d’assurance médicale. Les coûts non-financiers, comme la lourdeur d’un traitement, il n’est pas non plus un obstacle, car qui ne ferait pas un petit effort pour sa santé ?

Ce raisonnement est illustré par une anecdote impressionnante, que je n’ai pas pu vérifier. Une entreprise a développé une nouvelle protéine destinée à attirer un peu mieux que ses concurrentes les cellules osseuses à la surface des implants (détails), par exemple des implants de hanche. Le jour de la mise sur le marché, l’entreprise a vendu pour un million de dollars de ce produit. Les disciplines connectées au monde médical, chimie, et surtout biologie et bioengineering, font partie des voies les plus prometteuses, en terme de débouchés, pour un étudiant.

La recherche médicale est particulièrement attractive, pour plusieurs raisons.

  • Mauvaises langues, je vous vois venir : oui, une des raisons est directement liée au paragraphe précédent, ça rapporte. Les firmes du secteur, incluant les firmes pharmaceutiques, mettent d'énormes moyens dans la recherche en interne. Mais pas seulement : les graduate dans le domaine n'ont aucun mal à trouver des financements. Je ne connais pas la situation des thésards français dans ce domaine, mais peut-être un visiteur éclairé pourra nous donner l'information.
  • Ensuite, il y a le côté humanitaire : pouvoir regarder les chercheurs des autres disciplines, les ingénieurs, et les économistes réunis, dans les yeux, et leur dire « Moi, je sauve des vies », cela n’a pas de prix. On se place d’emblée au côté des infirmières de la Croix-Rouge Internationale et des sauveteuses d’Alerte à Malibu. On se sent grand, beau, et fort. Mais pourquoi n’ais-je pas choisi cette voie ?
  • Enfin, les sujets de recherche sont intéressants, car interdisciplinaires. Etudier une cellule, c’est de la biologie. Comprendre les réactions qui interviennent quand une protéine se lie à un de ses récepteurs, c’est de la chimie. Mesurer la force avec laquelle elle s’accroche à la matrice extra-cellulaire, c’est de la mécanique. Si la cellule est labile, on arrive vite à l’hydrodynamique. S’il faut utiliser un piège optique à laser, ou un piège magnétique, la physique fait son entrée. Et pour traiter toutes ces informations, il faut souvent en passer par l’informatique. Je pense que chacun se rend compte à quel point ce genre de recherche interdisciplinaire est stimulant intellectuellement.

Dans ce contexte, la différence d’organisation des systèmes de recherche universitaire aux USA et en France saute aux yeux. Les départements américains sont interdisciplinaires, et organisés par thèmes de recherche : bio-engineering, chemical engineering (qui n’a rien à voire avec la chimie, by the way), micro and nano technology, polymer science, health and medical devices engineering, etc… En France, ils sont organisés par matières : chimie, biologie, physique, mécanique. Les barrières sont rigides, et la communication passe mal. Que d’interactions pourrait-on développer avec des programmes plus interdisciplinaires ! Les chimistes ont tout intérêt à écouter les physiciens, qui devraient parler aux mathématiciens, qui pourraient trouver leur inspiration dans les travaux des biologues, qui ont tout à apprendre des chimistes… Dans les universités américaines, cette position est revendiquée, assumée, et produit d’excellents résultats. En France, l’exception qui confirme la règle est l’ESPCI (en fait, cette école est une exception à presque toutes les règles de l’enseignement supérieur français).

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous une opinion différente, des contre-exemples ?

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