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mercredi, juillet 30, 2008

Les nanotubes de carbones pourraient provoquer le cancer

Technology Review nous apprennait il y a quelques temps que deux etudes montrent la dangerosite des nanotubes de carbones, susceptibles de provoquer des cancers de facon assez similaire a l'amiante, dont ils partagent le grand rapport d'aspect (les nanotubes de carbone sont extremement fin pour leur longueur, ce d'ailleurs ce qui est utilise dans la plupart des applications).

Evidement, cela va dans la direction de ceux qui s'opposent de facon systematique et obscurantiste a la recherche sur les nanotechnologies et a leurs applications.

Pourtant d'un point de vue pratique, il vaut mieux reflechir sereinement a ce que ces etudes impliquent. Les nanotubes ne sont presque jamais "a l'air libre", comme l'etaient les fibres d'amiante dans le cas des matelas d'isolation thermique. Dans les materiaux composites, ils sont enchasses dans une matrice plastique ou metallique dont ils renforcent les proprietes mecaniques. Dans les accumulateurs, dont ils renforcent la capacite, ou dans les ecrans plats de nouvelle generation, ou ils offrent une meilleure resolution pour une consommation plus faible, ils ne sont pas en contact avec l'exterieur. De meme pour les circuits electroniques a base de nanotubes, qui promettent de poursuivre la course a la puissance de la loi de Moore, meme s'ils n'ont pas encore atteint le stade du prototype.

Concretement, les dangers possibles ne sont pas pour les consomateurs, mais se posent plutot a l'etape de la fabrication, et a celles du recyclage ou de la mise au rebut, pour les ouvriers. Il faut donc que les industriels prennent ces etudes en consideration pour ne pas les mettre en danger, et si besoin que les pouvoirs publics creent des regles sanitaires adaptees. Cela aurait le merite d'etre plus efficace que tous les moratoires ou principe de precaution du monde.

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jeudi, juin 28, 2007

Wikipedia Culture

Henry Jenkins, dont je feuillette le livre Fans, Blogger and Gamers à chaque fois que je rentre dans une librairie, a écrit un billet des plus intéressant sur la culture à la sauce 2.0 (en deux parties 1 et 2). Il revient sur la polémique créée par une université américaine, le Middlebury College, d'interdire à ses étudiants de citer Wikipedia en référence de leurs travaux de recherche.

De façon un peu mécanique, on voyait s'affronter ceux qui dénient toute valeur à Wikipédia à cause des inexactitudes factuelles et du mode de fonctionnement ouvert même aux non-experts, et ceux qui s'enthousiasment pour cet exemple d'intelligence collective. Un peu comme ce que l'on avait pu lire sur le blog de Pierre Assouline...

Dans la première partie, Henry Jenkins élève le débat, en indiquant par exemple que le terme d'Encyclopédie est un peu trompeur, car la valeur de Wikipédia est au moins autant dans le processus que dans le résultat, et qu'elle n'est pas statique. La capacité à discuter les faits, les comparer, les mettre en perspective, le fait d'élaborer un projet commun, ont peut-être plus à voir avec la construction de réseaux sociaux comme les forums, les blogs, Facebook ou Second Life, qu'avec Diderot et Britannica. Un article Wikipedia n'est pas isolé : il vient accompagné de tags et d'avertissements régies par un ensemble de règles transparentes, d'un espace de discussion, d'un historique des modifications... La capacité à savoir décoder cet ensemble d'informations est d'une grande importance pour l'honnête homme du XXIème siècle : si certains privilégiés peuvent l'apprendre par eux-mêmes ou avec leur entourage, il serait bon qu'elle soit tout de même intégrée dans le cursus scolaire, car il se pourrait bien qu'il s'agisse d'une inégalité majeure dans le futur.

S'il y a un problème, ce n'est pas que des informations existent sur le net, mais que des élèves fassent des copié-collés irréfléchis, et se contentent d'une seule source. Mais rien n'est tout blanc ou tout noir. Mettez-vous dans la place d'un professeur essayant d'inculquer l'esprit critique à ses étudiants. A la fin de votre cours, vous leur demandez s'ils croient en ce qui est dit à la télévision, dans les journaux à sensations, et dans l'Encyclopedia Britannica. Pensez-vous que si vos élèves, impressionnés par votre cours magistral, vous répondent qu'il faut douter de tout, qu'aucune source n'est fiable et qu'on ne peut être sûr de rien, vous aurez fait du bon travail ? Non, et c'est pareil pour Wikipédia : ce n'est pas parce que c'est dans Wikipédia que c'est vrai, mais ça ne veut pas non plus dire que c'est faux. Ce qu'il faut développer est un scepticisme sain, capable d'attribuer une crédibilité, un point de vue et un biais potentiel à chaque source.

Les étudiants peuvent aussi être stimulés par la participation à "l'entreprise Wikipédia" - par exemple, ne pourrait-on pas imaginer de revisiter l'exposé à la papa par un projet où les élèves doivent créer ou enrichir une page de leur choix ? Ils seraient ainsi confrontés à la façon dont s'élabore un projet collaboratif, et la responsabilité de mettre leur travail à la disposition du public aurait certainement un effet positif sur la motivation, l'attachement aux détails, et l'application à soigner l'expression.

Dans la deuxième partie, Henry Jenkins revient sur le fonctionnement de Wikipédia et ce qu'il appelle le Paradigme de l'Expert. Wikipédia repose sur l'idée que chacun est expert dans un domaine précis, et que la communauté, au travers de règles de fonctionnement (elles-même débattues), reconnaît cette valeur. Ce processus de tri est dynamique, ce qui veut dire qu'à un instant donné, il peut y avoir des erreurs, mais que ces erreurs sont acceptables tant qu'on ne s'illusionne pas sur un "produit fini Wikipédia" (sauf peut-être sur les pages labellées "de qualité" ?). De mon point de vue, cela veut aussi dire que les critiques de Wikipédia devraient prendre leurs responsabilités et éditer les pages sur lesquels ils sont assez experts pour trouver erreurs. C'était là le grand tort de Pierre Assouline dans son billet...

Le Paradigme de l'Expert implique que des domaines d'expertises peuvent se recouvrir, permettant ainsi la correction d'erreurs factuelles, mais aussi, et c'est là une des principales différences avec les Encyclopédies classiques, provoquant la rencontre de différent points de vue. Alors qu'une version papier doit faire un choix, et trancher pour une version - souvent la version majoritaire - Wikipédia pose en principe qu'il est plus important d'exposer tous les points de vue de façon neutre que de trouver une "vérité". Le résultat dépend du type de sujet : les thèmes polémiques doivent être "gelés" pour éviter le vandalisme, mais présentent la situation sous différents angles ; les idées fumeuses ou patascientifiques trouvent un bel espace d'expression ; sur les sujets moins extrêmes, les théories principales se trouvent nuancés par de petits points de désaccords. On peut ne pas être d'accord avec le principe et préférer qu'un conseil d'experts dans un domaine tranche et décide, mais je trouve pour ma part que l'utopie wikipédienne est, en général, plutôt efficace et bien auto-régulée.


Voilà, je ne prétends pas avoir résumé Henry Jenkins, c'était plutôt un melting-pot de ce que j'en ai retenu et des réflexions qu'il a provoqué chez moi. Je ne peux que vous encourager à le lire : c'est long, mais ce sont les idées les plus intéressantes que j'ai lu sur la question depuis bien longtemps.

Et pour finir, je voudrais ajouter que quelque soient les reproches fait à Wikipédia, il ne faudrait pas sous-estimer l'intérêt incroyable, inespéré et complètement utopique il n'y a de cela que quelques années, que représente une telle masse de connaissance mise à la disposition du public. Les liens hypertextes, les moteurs de recherche, les pages d'acceuil renouvelées chaque jour avec de nouveaux liens, les liens "page au hasard" et "bons articles", changent aussi complètement notre rapport au savoir. Je me surprend de plus en plus, quand j'ai un moment de libre, à explorer Wikipédia français et anglais, juste pour le plaisir. J'ai récemment passé une après-midi à lire l'histoire de la Chine et de l'Arménie, et j'avais l'article sur Rome ouvert en même temps que je regardais la série du même nom, pour comprendre un peu mieux le contexte historique. Il ne faudrait pas que les critiques boudent leur plaisir et jettent le bébé avec l'eau du bain, tout de même...

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dimanche, avril 01, 2007

Cochons d'américains

Via Physicsweb, j'apprends que le Large Hadron Collider, le fameux LHC en construction à Genève, fait face à un nouveau problème. Après les retards, les surcoûts, les hypothétiques blips du Boson de Higgs (le graal de la physique moderne, objectif principal du LHC) chez ses concurrents du FermiLab américain, voilà maintenant que les tests préliminaires à sa mise en route ont échoués.

Les tests en question consistaient à tester les conditions extrêmes (mais pas si rares) auxquelles les aimants qui guident la course des particules pourraient être confrontés. Il peut s'agir, par exemple, de la perte de contrôle du faisceau, qui frappe alors un des aimants : ce dernier est soudainement soumis à des efforts mécaniques et thermiques importants. Lorsque ces tests ont été réalisés "grandeur nature", les aimants se sont fracturés ! Plus étonnant encore, ces tests n'avait pas été conduits durant le cycle de développement de ces pièces, qui a tout de même commencé en 1998.

Et, évidement, qui était chargé de créer ces pièces ? Le FermiLab ! Ach, Sabotach !

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jeudi, mars 29, 2007

Actualité scientifique - 2

  • On en parle de plus en plus : grâce à sa puissance de calcul, la nouvelle Playstation est un outil de recherche scientifique fantastique. Les laboratoires qui font de la simulation (en science des matériaux, en biologie, ...) ou du calcul massivement parallèle (intelligence artificielle, climatologie, ...) se frottent les mains. Pour quelques milliers d'euros, ils peuvent s'offrir un rack de PS3 qui a la puissance d'un supercalculateur cent fois plus cher. Il faut juste avoir un geek dans l'équipe pour savoir la programmer... Et pour encore plus de puissance (mais pas plus de facilité à programmer), certains labos se lancent même dans le calcul sur carte graphique. Les derniers monstres de NVidia sont optimisés pour le calcul parallèle, requis pour l'affichage des derniers jeux vidéos - et se révèlent parfaits pour les applications scientifiques ! Comme quoi, il faut toujours avoir un geek sous la main...

  • L'OMS et Onusida recommandent la circoncision pour lutter contre l'épidémie de Sida en Afrique. Je suis très étonné de cette recommandation, qui rejoint les préoccupations que j'exposais ici : des études ont été menées, et montre que la circoncision "confère un taux de protection d'environ 60 % vis-à-vis de l'infection par le VIH". Il est donc légitime de dire d'un point de vue scientifique que la circoncision permet de lutter contre l'épidémie, mais est-ce un message à faire diffuser par les agences sanitaires ? Les risques sont grands, dans un continent ou la diffusion du préservatif reste trop faible et où les précautions oratoires du genre "toutes choses égales par ailleurs" ou "ce qui ne dispense pas de mettre un préservatif" vont vite se perdre, de légitimiser les rapports non protégés, sous prétexte qu'étant circoncis, la transmission de la maladie est moins probable.

  • Les abeilles aussi peuvent apprendre. Mais que reste-t-il aux organismes soi-disant supérieurs ?

  • Ajout du 29 mars : Une équipe canadienne est parvenue à lutter contre les bactéries résistantes aux antibiotiques, en se basant sur une protéine qui stimule les défenses immunitaires, plutôt que de s'attaquer directement aux bactéries. Sur le principe, on pourrait dire que cela ressemble à une vaccination non-spécifique - vaccination qui n'est normalement pas possible face aux bactéries. De plus, à la différence des antibiotiques utilisés habituellement, , la bactérie n'est pas visée directement : il est donc peu probable qu'elle développe une résistance par la suite. C'est une découverte très importante, dans un domaine où les ressources médicales commençaient à s'épuiser. Elle ouvre des perspectives dans la lutte contre les maladies nosocomiales (contractées à l'hôpital), en particulier contre les staphylocoques dorés multirésistants. (source ScienceBlog)

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dimanche, mars 25, 2007

Purification de l'eau

Ouf, je commence à y voir plus clair dans le travail - le blog, qui est vraiment passé à la trappe ces derniers temps, devrait être mis à jour plus régulièrement.


Le Monde m'aide bien, d'ailleurs, avec un article intéressant sur le problème du traitement de l'eau. Comment assurer l'accès à l'eau potable aux populations des pays du Tiers-Monde, en sachant que les toutes les solutions nécessitant un investissement important ou un certain niveau technologique sont irréalistes ?

J'avais déjà parlé de la catastrophe sanitaire qui touche les populations du Bangladesh, qui n'ont d'autres choix que de boire une eau empoisonnée à l'arsenic. Une solution serait d'adsorber l'arsenic sur des filtres tapissés d'oxyde de fer - je parlais de filtre basés sur des résidus de fumée, l'Unesco développe des sachets de sable, l'important est dans tous les cas d'offrir une importante surface de contact à l'oxyde de fer, à bas coût.

Le Monde parle aussi d'un projet testé en Ethiopie, la LifeStraw, un paille contenant des filtres mécaniques et chimiques. L'idée est séduisante, car elle semble répondre aux multiples contraintes : simple à utiliser et peu coûteuse, en particulier. Sa limitation me semble être l'impossibilité de l'utiliser pour, par exemple, dépolluer l'eau destinée à la cuisine.

Au-delà de la technologie, ce sont les décisions politiques qui vont déterminer les projets qui réussissent et ceux qui échouent. En effet, si le prix de ces dispositifs doivent être le plus faible possible, c'est plus pour que les organisations humanitaires occidentales puissent en acheter de grandes quantités, que pour permettre l'achat direct par les populations concernées. Il y aurait matière à critique sur le côté attentiste de certains pays africains (le Monde parle du Mali, mais il était sûrement possible de trouver un exemple moins pauvre). Il faut aussi et surtout souligner que bien que les sommes en jeu, pour le test, le développement et la diffusion de ces solutions soient ridicules du point de vue des pays occidentaux, elles restent hors de portée des organismes humanitaires, qui doivent chercher, avec plus ou moins de succès, des "sponsors" privés.

Et je ne peux pas finir sans évoquer les chiffres donnés par le Monde. La consommation quotidienne par personne moyenne d'eau à usage domestique s'élève en Afrique à 10 à 40 litres, à 50 à 100 litres en Asie, à 250-350 litres en Europe, et à 600 litres en Amérique du Nord. Je suis étonné et choqué de la différence entre Europe et Amérique du Nord. Elle n'est pas explicable en terme de niveau de vie, mais bien par des comportements de gaspillage. A titre d'exemple, la différence entre un bain et une douche, c'est 40 litres, et entre un bain "raisonnable" et un bain avec la baignoire remplie à ras bord, c'est encore 40 litres. Il y a là une piste sérieuse à creuser pour quiconque se demande quels sont les gestes simples et efficaces pour limiter son "empreinte écologique".

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lundi, mars 19, 2007

Quand le Monde analyse l'EPR

Ce qui est bien avec les journaux, en France, c'est qu'on est beaucoup mieux informé que par les autres sources. Les grands quotidiens de références, comme le Monde, ont à la fois la place de développer les sujets que n'ont pas les journaux télévisés, la qualité rédactionelle que n'ont pas les quotidiens gratuits distribués à la sortie des métros, et le professionalisme qui tranche avec le "n'importe quoi" que l'on trouve sur internet.

Non, je plaisante, bien sûr.

Dans le débat actuel sur l'EPR, le Monde a ainsi publié en ligne une citation par candidat, résumant sa position. Certains sont pour, certains sont contre, d'autres ménagent la chèvre et le chou et appellent à plus de débat. Ce tour d'horizon lapidaire, pompeusement intutilé "Les clefs", accompagnait un article parlant des manifestations contre ce programme de centrale nucléaire de nouvelle génération. Les explications à la fin de l'article sont, in extenso, les suivantes :

Le réacteur pressurisé européen (EPR, de l'anglais European Pressurized Reactor) a été conçu et développé par Areva NP. Ses objectifs affichés sont d'améliorer la sûreté et la rentabilité économique par rapport à celles des précédents réacteurs à eau pressurisée.Pour ses détracteurs, l'EPR est dangereux, coûteux et aggrave le problème des déchets radioactifs.

Nous voilà bien avancés. Vous savez ce que c'est, vous, l'EPR ? Moi pas. Et le Monde ne m'aide pas vraiment à me faire une idée.

Mon premier reflexe, dans ces cas là, est d'aller sur Wikipédia. On y apprend, entre autre, que le réacteur EPR dispose de deux éléments de sécurité supplémentaires majeurs par rapport aux centrales actuelles, une enceinte de confinement en cas de fusion du coeur, pour l'empêcher de crever le fond de la cuve, et une enceinte extérieur pour prévenir les fuites de matière radioactive en cas d'accident. Les dispositifs de sécurité habituels ont été multipliés, avec par exemple quatre systèmes de refroidissement.

Alors, j'ai bien l'impression de parler comme le directeur de la centrale nucléaire dans le sketch des Inconnus, mais la sécurité semble vraiment être améliorée dans ce dispositif.

La page présente aussi les arguments habituels du débat pro-/anti- nucléaire. Les pro mettent en avant le fait que ce réacteur nucléaire est plus sûr, ne dégage pas de gaz à effet de serre, et est économiquement très intéressant par sa capacité à utiliser du MOx, combustible appauvri. Les anti parlent de l'absence de risque zéro (ils pointent en particulier la possibilité d'explosion de vapeur sous pression), de la nécessaire économie d'énergie préférable à la construction de centrales, et du développement de sources d'énergie alternatives et propres. Et, ce qui ressort de tout ça, c'est surtout l'incapacité totale et habituelle des pouvoirs publics de conduire ce débat dans la transparence : le débat public, qui n'était pas un modèle de discussion contradictoire, s'est déroulé après le vote des parlementaires.

Mon opinion personnelle est qu'il vaut mieux miser sur le nucléaire que sur les énergies fossiles, à cause du problème du réchauffement climatique. C'est une solution pragmatique , qui doit s'accompagner d'un investissement massif dans la recherche de solutions plus propres, de technologies pour le traitement des déchets, et dans la fusion (ITER). Cela ne nous dispense pas de travailler dans le sens des économies d'énergies, mais toute autre solution me semble, à court terme, être irréaliste. Et, dans ce contexte, je préfère autant avoir des centrales nucléaires modernes et sûres.

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lundi, février 19, 2007

Ecouter par les os

Non, il ne s'agit pas d'une nouvelle technique de para-médecine, mais d'une invention originale, le tuba qui fait écouteur.

Ce tuba a une application qui n'est pas assez reconnue à sa juste valeur, rendre moins ennuyeuses les scéances de longueurs à la piscine. Accessoirement, il permet aussi aux plongueurs de recevoir des messages radios, pour, par exemple, se synchroniser, ou pour des alertes de sécurité.

La conduction des sons se fait par les os, les vibrations étant transmises par les os jusqu'au tympan. Je me demande, toutefois, si la perception des sons est différente de l'écoute "aérienne". Quelqu'un a déjà essayé ?

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jeudi, février 15, 2007

Info ou Intox ? Le premier ordinateur quantique

Toutes les disciplines ont leurs "figures imposées", des thèmes qui reviennent à la fin de chaque publication sous la forme de notre découverte est un pas important vers..., généralement dans le but de justifier l'argent utilisé. En biologie, c'est la lutte contre le cancer, en neurosciences, c'est la maladie de Parkinson qui tient la corde, et en physique, le must, c'est l'ordinateur quantique.

Et bien, une start-up fondée en 1999, D-wave, a annoncé il y a quelques jours avoir réalisé le premier ordinateur quantique. Ce pas de géant technologique suscite l’enthousiasme, mais la communauté scientifique attend d’en savoir un peu plus sur le plan technique pour se prononcer.


Alors, de quoi parle-t-on quand on dit ordinateur quantique ? Qu'est-ce que ça va apporter, quels sont les problèmes à résoudre ? Parler d'ordinateur quantique emmène rapidement vers des concepts de physique très compliqués, mais je vais essayer de rester aussi clair que possible.

La première idée importante en physique quantique, c'est que les propriétés des systèmes (atomes, électrons) sont quantifiées (d'où le nom de quantique, bien sûr). Par exemple, l'énergie d'une particule confinée dans un puits ne peut prendre appartenir qu'à un ensemble discret de niveaux, plutôt qu'à l'ensemble continu dont nous avons l'habitude à notre échelle. Une analogie à notre échelle serait de dire que vous ne pouvez pas placer une pomme à n'importe quelle hauteur, mais seulement par terre, sur le tabouret ou sur la table. Une propriété quantifiée souvent utilisée dans la recherche sur l’informatique quantique est le spin (une propriété purement quantique) qui ne peut prendre, pour un électron, que les valeurs +1/2 ou -1/2. Une notation abrégée est + ou -, mais l'on pourrait tout aussi bien parler de 0 et de 1 comme en informatique classique.

Une deuxième idée est la superposition d'états. Le chat quantique de Schrödiger peut être à la fois vivant ET mort, le spin peut être à la fois + ET -. Seule la mesure, qui donne + OU - avec une certaine probabilité pour chaque, permet de lever l'ambiguïté. Par analogie avec un bit d'information (1 ou 0), cet état intriqué (+ avec la probabilité p+, - avec la probabilité p-) est appelé q-bit. C’est la première raison d’être intéressé par l’informatique quantique : l’information n’est plus limitée à 2 valeurs, mais peut s’établir dans un continuum.

Troisième idée dont nous devons parler dans ce tour d'horizon à marche forcée de la physique quantique, l'intrication. Quand je prépare un couple d'électrons, ou plus généralement un couple de q-bits, j'ai accès à 4 états : les états ++, --, + pour l'un et - pour l'autre, et inversement, que l'on peut noter +- et -+. Par superposition, il est alors possible de créer la pair dans un état dit intriqué, +- ET -+ (voire même +- ET -+ ET ++ ET --), chacun avec une probabilité associée. On touche ici à un des paradoxes les plus subtils de la mécanique quantique, le paradoxe EPR. Mais pour ce qui nous intéresse ici, l’ordinateur quantique, il faut se rendre compte que ces états sont des flux d’information, capables de subir en parallèle des opérations.

En effet, supposons qu'il soit possible de lire les q-bits, et de réaliser des opérations sur ceux-ci. Par exemple, il faut imaginer un processeur capable de lire --+ et -+- (1 et 2 en binaire) et d'émettre -++ (3) en sortie : il serait capable de faire des additions. Cette opération, qui n’est pas une mesure mais une évolution physique, s’applique à tous les états intriqués en même temps. Ainsi, la spécificité de l'ordinateur quantique est de présenter une puissance de calcul augmentant avec le nombre d’états disponibles, c’est-à-dire exponentiellement avec le nombre de q-bits utilisés.

Les applications de cette puissance de calcul se trouvent dans les problèmes dits "NP" (problème non-déterministe polynomial), dont la complexité augmente elle aussi exponentiellement avec la taille du système. Presque toutes les sciences présentent ce type de problèmes : dynamique chaotique, analyse de données, structure des protéines, cassage de codes... Notons toutefois que les contraintes, dont je vais parler, qui pèse sur l’architecture de l’ordinateur quantique, font qu’il sera probablement moins performant qu’un ordinateur classique dans un grand nombre de tâches usuelles.

Après avoir vu les enjeux, passons aux obstacles, et essayons de voir comment D-Wave les a, semble-t-il, résolus.

Les premiers sont de nature physique : il faut concevoir des moyens de manipuler des atomes ou des électrons, et de lire et d'écrire leurs états quantiques. Ce n'est pas une mince affaire, mais de nombreux groupes de recherche travaillent dessus, et quelques techniques ont été proposées. D-Wave utiliserait une puce appelée Orion, capable de manipuler 16 q-bits (le précédent record était de 7), couplée avec une architecture traditionnelle qui simplifierait le travail des concepteurs.


Ensuite, il faut éviter à tout prix la décohérence : à la moindre interaction avec l'environnement, le paquet de q-bits se désolidarise, chaque q-bit redevient indépendant. Au lieu de +- ET -+, on se retrouve avec +ET- et -ET+, et il devient impossible de faire des calculs sur ces éléments indépendants. Orion, qui est refroidi à l’hélium liquide, fait circuler ses électrons dans du niobium rendu supraconducteur par un refroidissement à l’hélium liquide : on est encore loin des conditions grand public.

Enfin, il faut aussi résoudre la difficulté logicielle. Inventer des algorithmes massivement parallèles n'est pas une tâche aisée, ne serait-ce que parce que tout le travail depuis les origines de l'informatique a toujours porté sur de l'information séquentielle. Mais ce qui est déjà difficile avec la programmation parallèle, est encore compliqué par une contrainte supplémentaire sur les algorithmes quantiques : la nécessité de produire un résultat déterministe à partir de hasard. En effet, la mesure du résultat se fait aléatoirement entre tous les états : il faut donc soit que les calculs sur les états imbriqués arrivent au même résultat, soit répéter de nombreuses fois la mesure et retenir la réponse la plus probable. A cause de cette contrainte, très peu d'algorithme "quantiques" existent actuellement, et sont surtout adaptés aux problèmes utilisant peu d’entrées et de sorties, mais présentant beaucoup de complexité entre les deux. Il semble que D-Wave utilise une technique appelée « calcul quantique adiabatique », inventée par Seth Lloyd, un professeur du MIT, et qui permette justement de gérer ces phénomènes complexes. Cette technique n’a pas été complètement validée scientifiquement, ce qui explique la réserve de la communauté scientifique, en plus du fait que D-Wave garde secrets les éléments techniques d’Orion.

Il semble bien que les capacités des informaticiens à utiliser un ordinateur quantique soient tout aussi limitées que celle des physiciens à le construire. La prouesse de D-Wave doit donc être jugée à cette aune : avoir réalisé ce que tout le monde attendait pour dans 10 ou 20 ans, en concentrant des idées novatrices pour surmonter des obstacles autrefois jugés insurmontables. Les enjeux sont si formidables qu’il est difficile d’imaginer les révolutions qu’un tel outil pourrait permettre dans le monde scientifique. Si la validité de la technologie employée est validée avec le temps, il faudra se souvenir du 13 février comme de la première démonstration publique d’un ordinateur quantique !

EDITION : dans la partie sur l'addition par le processeur quantique, il faut garder à l'esprit qu'il s'agit des probabilités associées aux états d'entrée et de sortie qui évoluent. Ainsi, lors de la mesure, c'est l'état représentant la somme qui serait le plus probable.

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dimanche, février 04, 2007

181 choses à faire sur la lune

La Nasa a publié en décembre un guide des choses à faire sur la Lune. Il s'agit d'une compilation des avis émis l'an dernier par un millier de personnes (scientifiques, ingénieurs, entrepreneurs) à la question "Pourquoi aller sur la Lune ?". Ca a tout du prétexte trouvé a posteriori, puisque la volonté de retourner sur la Lune a été énoncée il y a maintenant 2 ans par Georges Bush. L'administration américaine ne veut pas perdre sa suprématie spatiale, et la NASA, un temps réticente, doit se dire que des crédits supplémentaires ne sont jamais mauvais à prendre.

Les réponses n'en sont cependant pas moins intéressantes. Elles ont été résumées en 181 points, rassemblées en six thèmes, allant de la recherche scientifique à la valorisation commerciale, en passant par la colonisation de l'espace. On trouve par exemple l'étude des cratères pour comprendre la formation du système solaire, le test des équipements en vue d'un séjour permanent sur la Lune ou d'un voyage vers Mars, voire même la recherche de sources d'énergie exploitables.

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mardi, janvier 23, 2007

Un petit pas

La NASA adopte le système métrique. Enfin !

Je n'ai rien contre le fait que les américains aient leurs unités bien à eux, mais :
- leurs unités ne sont pas décimales. Il y a 128 fluid ounces, soit 8 pints dans un gallon (qui fait aussi 4 quarters ou 231 pouces au cube). Il y a 12 pouces dans un pied, 3 pieds dans un yard, 1760 yards dans un mile.
- cela ajoute de la confusion dans les coopérations internationales (Mars Climat Orbiter et le premier tir d'Ariane 5 sont de bons, mais coûteux exemples).
- Les livres (pounds) peuvent servir d'unité de masse ou de force (à la gravité près) selon le contexte. Comme si on confondait systématiquement masse et poids.

Il est temps de faire un peu le ménage...

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L'avenir de la science

Via Le Doc, Futura-Science propose un aperçu de la science dans 50 ans. En vrac, ordinateurs quantiques conscients, séquençage du génome pour 1000 euros, découverte de traçes de vie extraterrestre...

La liste semble bien incomplète, je me demande qu'elle était la spécialité des scientifiques interrogés. Je note, en particulier, qu'il n'est pas fait mention de la maîtrise de la fusion nucléaire. "La fusion, énergie du futur, pour toujours" ?

Je remarque surtout que les prédictions sont singulièrement moins aventureuses dans le domaine des techniques de la vie de tous les jours que les fantasmes que l'on se faisait au milieu du siècle dernier sur l'an 2000. Exemple : ces prédictions de Science et Vie en 1959. A quand Paris interdit aux voitures ? Par contre, ils ont bien prédit l'iPhone et les livres électroniques (qui tardent un peu, tout de même).

EDIT : le dossier original vient de New Scientist, et couvre de nombreux domaines. Il y est en particulier fait mention d'une nouvelle source d'energie, peut-etre a l'echelle nanoscopique. Mais toujours pas de confiance en la fusion.... merci Enro

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jeudi, janvier 04, 2007

Opportunity et Spirit deviennent plus intelligent

Les deux rovers martiens font preuve d'une longévité à toute épreuve. Initialement prévus pour durer quelques mois, leurs panneaux solaires devant rapidement s'encrasser, ils sont fidèle au poste depuis bientôt trois ans (on suppose que les vents martiens nettoient périodiquement les panneaux). Ils ont traversé des difficultés techniques impressionantes, et il faut tirer notre chapeau à l'ingéniosité et à la volonté de l'équipe d'ingénieurs de la NASA. Ils nous ont rapporté de belles photos du cratère Victoria, un objectif inimaginable à l'origine. Ils sont maintenant comme de vieux explorateurs, grippés de partout, mais qui continuent à avancer, mètre après mètre, à la seule force de leur volonté (insérer musique lyrique). Si nous étions dans un film hollywoodien, l'un serait piloté par Bruce Willis, le t-shirt déchiré et taché de sang, et l'autre par Clint Eastwood, cigarillo au bec.

Alors, quand j'ai appris que la NASA leur transférait un nouveau logiciel pour les rendre plus intelligents et plus autonomes, je n'ai pas résisté à partager ma joie avec vous ! :-D

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mercredi, novembre 22, 2006

ITER sur les rails

La grande nouvelle du week-end, ce n’est pas le résultat d’un match de foot ou d’un autre. C’est la signature de l’accord pour la construction et le financement d’ITER, le réacteur thermonucléaire expérimental, à Cadarache, après plus de vingt ans de discussions.

Je n’ai pas l’intention de revenir sur les polémiques sur la perte de temps due aux négociations sur l’emplacement de l’expérience, ni sur celles critiquant les coûts disproportionnés face aux probabilités d’échec, Wikipédia y répond très bien. Science parle d’un « pari à 12 milliards de dollars », soit 10 milliards d’euros environ, dans l’espoir de maîtriser cette énergie du futur[1], assez propre et presque inépuisable.

Je suis assez impressionné par le projet ITER. Il ne s’agit de rien de moins que le deuxième plus grand projet scientifique de l’Histoire et coût et en nombre de chercheurs après la Station Spatiale Internationale, et si le « pari » réussit, il aura bien plus d’impact sur la société que la malheureuse ISS. Je suis aussi impressionné par la complexité d’un projet, et le niveau poussé de coopération et de synchronisation auquel ont dû parvenir 4000 chercheurs de sept pays différents, qui, ce n’est peut-être pas inutile de le rappeler, ne sont pas plus payés pour ça. Quand je vois ça, je me dis que tout n’est pas pourri en royaume de Science.

Pour résumer le processus, il s’agit de produire de l’énergie via la fusion de noyau de deutérium et de tritium (la toujours indispensable Wikipédia vous donnera toutes les explications de base dont vous pourriez avoir besoin, si vous n’êtes pas up-to-date en physique atomique). Les conditions de pression et de température nécessaires à cette réaction sont remplies dans le Soleil, mais comme il est difficile d’atteindre la même pression sur Terre, il faut réussir à chauffer les réactifs à une température bien plus élevée. Comme aucun matériau ne pourrait résister au plasma qui est obtenu, ce dernier est confiné par un champ magnétique puissant dans une forme approximativement toroïdale. Ces champs magnétiques sont obtenus par la montée d’un courant dans les énormes bobines qui entoure le réacteur (appelé Tokamak, c’est un joli nom je trouve). Evidement, cette montée ne peut pas se faire à l’infini : les tokamaks fonctionnent donc par séquences, ou impulsions, successives.

ITER doit répondre à trois grands défis pour valider le principe d’un réacteur thermonucléaire. Tous les tokamaks précédents n’étudiaient qu’une partie de la question : seul ITER permettra l’étude des interactions entre tous les problèmes connus, la découverte du fonctionnement « à taille réelle », et le test de solutions expérimentales en conditions d’application.

Les expériences précédentes ont confirmé la possibilité de confiner le plasma, mais avec de grandes difficultés. Science recense toute une population d’instabilités, qui, espère-t-on, seront diminués par la grande taille du tokamak ITER. Une instabilité, c’est quand le plasma se déforme, et tente de sortir de son confinement magnétique, ou que l’énergie est produite par saccades : à de tels niveaux de température, on imagine le souci.

Le deuxième problème est le choix du matériau des parois du réacteur. Il doit être résistant à la température et ne pas s’effriter en particules pouvant déstabiliser le plasma. Le candidat idéal serait le carbone, mais il présente des risques de pollution. Il semble que le candidat du compromis soit un mélange entre titane, carbone et béryllium.

Enfin, il s’agit de produire de l’énergie en continu. Le produit de la réaction de fusion est un noyau d’hélium (appelé particule alpha) et un neutron. Comme la fusion est très exoénergétique, ces deux particules vont très vite, bien plus que les atomes initiaux. Et n’oubliez pas que la température est reliée à la vitesse des particules. La particule alpha, chargée électriquement, continue sa route dans le plasma : au gré des chocs, sa grande vélocité contribue à maintenir une température et une pression élevée, ce qui permet l’auto-entretien de la réaction. Le neutron, lui, n’est pas prisonnier du champ magnétique, et va percuter les parois du réacteur. Il les réchauffe, et c’est ainsi que de l’électricité pourra être produite, par le procédé habituel d’entrainement d’une turbine par de la vapeur d’eau. ITER ne réalisera pas cette phase, cependant. Le problème est ici de réussir à produire plus d’énergie que ce qui a été injecté dans le réacteur, et ce, en continu, pas seulement par brèves impulsions. Des rendements positifs, et de longues durées de fonctionnement, ont été obtenus dans les certaines expériences précédentes, mais jamais en même temps : voilà le test principal que devra réussir ITER.


[1] Les mauvaises langues ajoutent « pour toujours ».

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lundi, octobre 23, 2006

Nanotechnologies (suite)

Comme je le disais en commentaire de mon précédent billet, je n’ai pas mentionné les bénéfices actuels ou potentiels que notre société retire des nanotechnologies. Je ne l’ai pas fait car je pense que ces bienfaits n’ont pas à interférer avec le débat sur les dangers potentiels. Le danger est que les formidables accomplissements des nanotechnologies ne conduisent à minimiser, voire à masquer, les risques éventuels.

Rien ne m’empêche, cependant, de les décrire dans un autre billet. J’y suis d’autant plus poussé qu’en commentaire du même billet, Hulk a parlé de « l'irréalité des nombreux bénéfices qu'ils [les promoteurs des nanotechnologies] promettent de nous vendre », ce qui relève de la méconnaissance, au mieux. Je vais essayer de présenter quelques exemples de nanotechnologies, en mentionnant leurs applications actuelles ou en cours de développement. Rien d’exhaustif bien sûr, juste ce qui me passe par la tête, ce que je connais, où ce sur quoi je tombe en parcourant internet.

A tout seigneur tout honneur, et les rois des nanotechnologies sont les emblématiques nanotubes de carbones. La page Wikipédia qui leur est consacré est un bon début. Il s’agit d’un assemblage régulier d’hexagones dont chaque sommet est un atome de carbone, d’une façon telle que l’assemblage total est un tube cylindrique. Ils ont été découverts en 1991 par Sumio Iijima. Leurs propriétés sont fantastiques dans tous les domaines, et les applications suivent rapidement.

  • D’un point de vue mécanique, ils sont 200 fois plus résistants à la traction que l’acier, pour un poids 6 fois moindre à section égale. Ils servent d’ores et déjà à renforcer des matériaux polymères comme les plastiques.
  • D’un point de vue conductivité, ils conduisent mieux la chaleur que le diamant, et le courant électrique que le silicium. Des chercheurs d’IBM ont déjà réussi à produire un des plus petits transistors du monde avec des nanotubes. Si quelqu’un refuse les nanotechnologies par principe, sans autre argument, qu’il s’engage à ne pas utiliser l’électronique miniaturisée dans quelques années.

  • D’un point de vue électrique, ils peuvent servir de canons à électron extrêmement précis. Samsung et Motorola ont réalisé des prototypes d’écrans à nanotubes de carbones. Le détracteur du paragraphe précédent doit donc aussi, pour rester cohérent, ne pas prévoir d’acheter une télévision dernier cri.

  • D’un point de vue chimique, l’atome d’hydrogène porté par chaque atome de carbone peut être remplacé chimiquement par un groupe d’atome capable de remplir une fonction précise. Comme les tubes peuvent être constitués d’une seule couche d’atomes, on obtient un excellent rapport surface/volume. Des applications comme catalyseurs, par exemple pour réduire les pollutions des usines, des pots d’échappements, sont envisagées.


Autre exemple de nanotechnologie (quoique l’échelle soit plus proche du micromètre), il est possible de former une surface de polymères en les ordonnant minutieusement, de façon à alterner une surface hydrophobe et des pointes saillantes hydrophiles. Dans un environnement sec, la vapeur d’eau de la rosée du matin se condense facilement sur les zones hydrophiles, grossit, puis dévale le long de la surface hydrophobe, jusqu’à un collecteur, avant que le soleil ne les fasse s’évaporer. Les amateurs de Frank Herbert auront peut-être reconnu les pièges à rosée de Dune, mais il s’agit en réalité de l’imitation du scarabée de Namibie ! On imagine sans peine les possibilités pour alimenter en eau les régions désertiques.

D’une manière générale, tous les composants à l’échelle nanométriques offrent un rapport surface/volume avantageux, et sont donc intéressants pour tout ce qui est propriétés de surface, catalyse, propriétés optiques. Un revêtement de minuscules billes de d’oxyde de titane permet à Saint-Gobain de proposer des vitres auto-nettoyantes. Des revêtements anti-reflets, anti-rayures, anti-buée, voir tout à la fois, existent aussi. J’espère que le contradicteur ne porte pas de lunettes.

J’ai bien envie de finir par quelques applications biomédicales, car, comme je l’ai déjà dit, c’est le sujet chaud. L’assemblage d’une solution de peptides pour former un maillage biodégradable qui arrête le saignement relève de la nanotechnologie : on en mesure les bénéfices quand on sait qu’une opération de transplantation nécessite une quarantaine de poches de sang donné. L’utilisation de billes métalliques de dimension nanométrique ou microscopique est répandue, en médecine de diagnostic ou dans la recherche en biologie et en médecine, pour servir de traceurs. Ces billes peuvent aussi être greffées sur des molécules organiques, typiquement des molécules bioluminescentes. Une application un peu différente de ces billes, mais tout aussi importante, est la possibilité de les diriger vers une tumeur cancéreuse. En effet, les molécules greffées sur ces billes peuvent aussi servir de « guide » biologique. Une fois sur place, les billes métalliques peuvent être chauffées par un laser réglé à une fréquence particulière, ce qui est un moyen non-invasif et efficace de détruire la tumeur !

Vous connaissez peut-être d’autres applications. Peut-être aussi n’êtes-vous pas convaincu par ces opportunités et trouvez qu’elles ne suffisent pas à écarter les risques potentiels des nanotechnologies ? J’aimerais aussi avoir votre avis sur ces risques, justement. Quels sont les dangers auxquels vous pensez ?

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dimanche, octobre 22, 2006

Nanotechnologies


Evidement, sur un blog qui a la prétention de parler de sciences, il était inévitable d’arriver au sujet des nanotechnologies. Ces technologies de l’infiniment petit sont aussi excitantes pour la communauté scientifique qu’elles sont inquiétantes pour de nombreux citoyens. Elles illustrent magistralement la coupure moderne entre la recherche scientifique et la sphère médiatique qui amplifie les doutes et les peurs. Elles pourraient, pourtant, être l’objet d’un débat plus apaisé.

Nucléaire, biotechnologies et OGM, nanotechnologies… La liste des domaines scientifiques source d’inquiétude pour certains citoyens s’allonge. Sous cette pression, le parlement a ajouté en février dernier, en grande pompe, le principe de précaution[1] à la constitution française. Ne pas avoir ajouté symétriquement un principe d’innovation me semble témoigner d’un grave blocage, d’une inquiétude diffuse et généralisée des Français face à la science, et d’un manque de dialogue avec la communauté scientifique. Les médias, en donnant beaucoup la parole au citoyen inquiet et en ne remplissant pas le rôle d’information et de décryptage qui est le leur, portent une responsabilité importante dans la situation.

J’en arrive spécifiquement au sujet des nanotechnologies. Les craintes sont de deux ordres.

La première relève principalement du fantasme et de la science-fiction. Il s’agit de la peur de voir un jour des nano-robots auto-répliquants, capables de tirer énergie et matériaux de construction de leur environnement, envahir la Terre. C’est le scénario « Grey Goo », qui s’applique aussi à d’éventuelles bactéries génétiquement modifiées. Cette crainte ne résiste pas à l’analyse. Je ne dirai pas ici que l’on est extrêmement loin du point où de tels robots pourraient être conçus : c’est vrai, mais je ne pense pas que ce soit un argument pertinent pour dissiper les inquiétudes sur l’avenir. Par contre, il faut noter que ces robots devraient être organiques, puisqu’ils ne seraient pas destinés à tirer leurs « pièces détachées » des roches et autres cailloux environnants. Et les nano-robots organiques, capables de se reproduire en exploitant le monde organique autour d’eux, existent déjà dans une forme probablement optimale, car sélectionnée par des millénaires d’évolution : les virus. Je pense que les formes de « grey goo » que l’Homme pourrait inventer seraient loin de leur efficacité. Michael Crichton avait utilisé le thème de nano-robots organisés en essaims, capable de reproduction, consommation, et mutations, dans son livre Prey : plutôt bien ficelé mais pas plus crédible que Jurassik Park du même auteur.

L’autre est plus crédible, et pour cette raison plus importante. Il s’agit de savoir si ces éléments de taille micrométriques ne pourraient pas être inhalés ou avalés. Le danger est qu’ils pourraient encombrer les voies respiratoires ou avoir des effets cancérigènes. Sur ce point, un certain nombre de questions doivent être soulevées par les différents acteurs, scientifiques, politiques, associations de consommateurs, citoyens. Des particules résistantes, de petites tailles, aux effets potentiellement nocifs, peuvent-elles être émises par des matériaux composites, des revêtements de type peinture ou enduits, ou encore par équipements électroniques utilisant les nanotechnologies ? Si oui, à quel stage : fabrication, utilisation, destruction, recyclage ? Quels sont les moyens d’empêcher cette diffusion, de la détecter, voire de la soigner ?

Toutes ces questions sont légitimes et importantes. Cependant, si elles doivent être soulevées par l’ensemble de la société, ce sont les scientifiques qui doivent y répondre. Je ne crois pas au citoyen-expert qui affiche son ignorance péremptoire, ou au groupe de pression obscurantiste. Je pense que les scientifiques doivent répondre aux questions de leurs concitoyens : c’est aussi leur rôle. On pourrait envisager par exemple que le gouvernement, ou le parlement via une mission d’information, finance un ou plusieurs laboratoires pour cette évaluation des risques. Cela suppose, néanmoins, un niveau de dialogue qui n’existe pas à l’heure actuelle. Je ne jetterai pas la pierre aux scientifiques qui me semblent prêts à expliquer leurs travaux quand l’occasion leur en est donnée. Cependant, peut-être manquent-ils de pédagogie. Je donnerais pour exemple cet article qu’un chercheur, Gérald Dujardin, a cherché à publier dans Le Monde et a finalement mis en ligne sur le blog Transnets. Il y souligne le problème de la déformation médiatique, qui fait craindre que le dialogue soit difficile à instaurer. Comment faire passer le message que les premières études sur la toxicité des fullérènes et des nanotubes de carbone est faible, à des citoyens ayant vu leurs craintes de l’amiante cancérigènes amplifiées de façon répétée par les médias ? Le problème de cet article est cependant de mélanger les craintes qui relèvent du fantasme, et celles qui sont plus légitimes.

Le rouage manquant dans ma proposition précédente n’est pas non plus l’intérêt et la mobilisation civile. Il n’y a aucun doute que les associations de consommateurs ou de protection de l’environnement seront promptes à lever des questions et des doutes, voire à conduire des contre-enquêtes solidement étayées. Il manque donc l’intermédiaire nécessaire qui est l’échelon politique, et qui est trop souvent remplacés par les médias. Je n’ai pas de recette miracle à proposer, mais je pense donc qu’un débat ouvert peut s’engager, si un intermédiaire entre les citoyens et les scientifiques était trouvé. J’ai parlé d’une possible mission d’information parlementaire qui financerait des recherches sur la toxicité. Une autre idée serait qu’un organisme comme le CNRS pourrait organiser des conférences ouvertes librement au public.

Vous avez peut-être d’autres exemples, d’autres problèmes, d’autres idées. Quelle est votre perception des nanotechnologies ?


[1] L’article Wikipédia sur le sujet est extrêmement intéressant et instructif.

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jeudi, octobre 19, 2006

Harry Potter et Frodon inspirent la science

Le point commun de ces deux héros ?


Ils ont tout les deux une cape magique qui les rend invisibles. Et cela inspire les chercheurs.

Vous avez surement deja entendu parler de Kazutoshi Obana, le graduate student de la photo ci-contre, qui aurait inventé la première cape qui rend invisible.

En réalité, il y a un "truc" : il s'agit d'une utilisation astucieuse de matériaux rétro-réfléchissant. Une caméra dans le dos de l'homme invisible, couplée avec un projecteur, permet d'afficher sur le corps de l'étudiant ce qui se passe dans son dos. La prouesse technique, ici, est surtout d'utiliser un revêtement qui ne diffuse pas la lumière. Les applications en réalité augmentée sont nombreuses : vous pourrez en trouver quelques-unes, ainsi que des explications claires, dans ce fichier PDF.

Plus récemment, des chercheurs de la Duke University, en Caroline du Nord, ont réellement réussi à rendre invisible un objet. Bon, pas exactement invisible, mais invisible à une longueur d'onde de type radar, ce qui est moins parlant, mais déjà impressionant. On se doute de l'intérêt du Department of Defense pour cette technologie.

Comment ça marche, me direz-vous ? David Smith et son équipe ont réussi l'exploit de forcer les lignes de champ électromagnétiques à contourner l'objet, comme de l'eau qui s'écoulerait autour d'un galet. Le champ n'étant ni absorbé ni renvoyé par l'objet, il est donc invisible. En principe, ce qui a été réalisé pour les ondes radars pourrait l'être pour les ondes visibles - elles appartiennent toutes deux à la famille des ondes électromagnétiques, et les phénomènes en jeu sont les mêmes. L'obstacle n'est que technologique, les éléments à utiliser devant être bien plus petits et complexes.

Cette cape invisible est constitutée de résonateurs magnétiques d'un type particulier, les "anneaux coupés". Pour voir un peu mieux ce dont il s'agit, jetez un oeil sur cette page. Les matériaux composés d'un grand nombre de ces résonateurs ont la propriété étonnante d'avoir un indice optique négatif. Les conséquences de cet état unique dans la nature sont très contre-intuitives. Un rayon de lumière qui entre dans un tel matériau change de sens de propagation ! Wikipédia donne un exemple parlant : une personne qui nagerait dans un liquide hypothétique d'index négatif apparaîtrait au-dessus de la surface à un observateur extérieur !

De tels matériaux sont qualifiés de gauchers, car ils sont bizarres et tout le mond sait bien que les gauchers sont bizarres (hum, bon, j'ai un peu honte de cette mauvaise blague). Des informations complémentaires sur les matériaux gauchers peuvent être trouvés ici et là. Aussi passage, ils font parti du top ten des découvertes scientifiques de l'année 2003 d'après le magazine Science.

Pour en revenir à notre cape d'invisibilité, les chercheurs ont dû utiliser ces métamatériaux et toutes les ressources qu'ils permettent en optique transformative, pour courber les lignes de champ de la façon désirée. Le travail est de la même nature que le fait de confiner la lumière dans une fibre optique en jouant sur l'indice des matériaux qui la compose, mais en beaucoup, beaucoup plus complexe.

L'objectif est maintenant de créer une protection sphérique plutôt que cylindrique, pour que l'invisibilité soit réalisée dans trois dimensions. Ensuite, s'attacher à pouvoir dévier ainsi un spectre large de longueurs d'onde, plutôt qu'une seule. Et peut-être, un jour, arriver à faire de même pour les longueurs d'onde optique...

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Une idée à suivre : transformer le CO2 en hydrocarbure

On en reparlera peut-être dans quelques années.

les chimistes spécialistes de l'électrocatalyse rêvent de changer le dioxyde de carbone (CO2) en hydrocarbures. Le principal fauteur de réchauffement climatique - relâché en quantité dans l'atmosphère par les industries et les transports - serait alors autant de carburant potentiel...

Ce rêve est porté par un programme de recherche européen, Elcat (Electrocatalytic Gas-Phase Conversion of CO2 in Confined Catalysts), dont l'objectif est de maîtriser cette réaction convoitée de "réduction" du gaz carbonique - et ce avec un très faible apport énergétique.[..]

"Le but ultime de ce travail est en quelque sorte de concevoir une cellule fonctionnant sur le même principe que la photosynthèse, c'est-à-dire capable d'utiliser l'énergie solaire et de l'eau pour transformer du dioxyde de carbone en produits utiles entrant dans la composition de nos carburants actuels", explique Gauthier Winé, chercheur au sein du groupe Carbures et nanostructures du Laboratoire des matériaux, surfaces et procédés pour la catalyse (LMSPC) de Strasbourg, associé au projet.

Sur le site du Monde

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mercredi, octobre 18, 2006

Retour aux affaires

Après ce délicieux Suicide Prevention Day, il est bien dur de se remettre au travail. Et j'inclus ce blog.

Je ne sais pas si vous tenez un blog, et, si oui, si vous avez la même impression que moi. Autant l'écriture est aisée quand elle est régulière, autant elle est difficile après une interruption.

Bon, passons. Le débat entre les présidentiables socialistes a eu lieu ; Phersu a résumé cet épisode ennuyeux en un billet extrèmement amusant. EDIT : A noter aussi, un débat intéressant entre Hugues et Guillermo chez ce dernier.

Ah, au fait, c'est passé inaperçu, mais la médecine a été révolutionnée la semaine dernière. Des chercheurs (MIT et Hong-Kong University) ont créé un liquide qui permet d'arrêter les saignements en une quinzaine de secondes. Il s'agit d'une solution de peptides, qui s'auto-assemblent et forment un gel au contact d'un organe. Ce gel enmpêche le saignement, est bio-compatible, et offre une matrice (scaffold) améliorant la régénération et diminuant les cicatrices. La chirurgie, la façon d'administrer les premiers soins, la médecine urgentiste, vont être profondément modifiées. Mark my words

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samedi, septembre 30, 2006

Cratère Victoria

Je voulais écrire un billet sur les biomatériaux, mais un mal de tête persistant m'en empêche. Ce n'est pas grave, il reste toujours, via Techno-science, ces vues du cratère Victoria sur Mars.


Tout d'abord, la vue aérienne, par la sonde Mars Global Surveyor.


Ensuite, la vue, depuis le sol, prise par le robot Opportunity, dont l'emplacement est signalé par un point rouge sur la photo précédente.

Vous pouvez aussi voir ici, en format Quicktime, une reconstitution du cratère Victoria en 3D, réalisée à partir des prises de vue des Mars Global Surveyor.

Le petit Rover Opportunity, après avoir atteri dans le cratère Eagle, puis passé six mois à examiner le cratère Endurance, est donc arrivé jusqu'à Victoria, bien plus grand que les deux premiers (750m de diamètre), et surtout, plus profond. Le but est maintenant d'essayer de le faire examiner les parois du cratère : à certains endroits à-pic, la roche mise à nu révèlera, espère-t-on, plusieurs couches géologiques. De quoi mieux connaître l'histoire de la planête, et, qui sait, de découvrir des traces d'eau...

Mais en tout cas, c'est beau.

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jeudi, septembre 28, 2006

Voir l'intérieur d'une tornade...

... et y survivre pour pouvoir le raconter.

C'est ce que propose Tim Samaras, chasseur de tornade (oui, comme dans Twister), avec ces caméras placées sur le chemin d'une tornade. Impressionant !

(Cliquer sur "Direct Hit")

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