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vendredi, septembre 28, 2007

Classement des universités : l'Ecole des Mines se couvre de ridicule

Je ne suis pas un fan du classement de Shangai des universités du monde. Biais en faveur des grosses universités, surimportance des prix Nobel, mélange de toutes les disciplines... Le classement du Times (accès réservé, désolé) est un peu plus équilibré, mais la pertinence de ce genre de classement reste toujours contestable. Ils peuvent difficilement mesurer la qualité de l'enseignement, tout au plus l'impact de l'université dans le monde de la recherche. C'est peut-être déjà bien, cela dit, car cette visibilité fait beaucoup pour sa renommé, sa capacité à attirer des étudiants et des chercheurs brillants.


Toujours est-il que plutôt que de se lamenter sur la place des universités et écoles françaises, complètement invisible à l'échelle mondiale, et essayer de se réformer, l'Ecole des Mines a proposé son propre classement. On s'étonne à peine que cinq établissements français (dont l'école des Mines) entrent dans le top 10 : ils ont simplement remplacé un biais par un autre.

Le critère est le nombre de PDG d'entreprises du top 500 du magazine Fortune.

Vous avez bien lu. L'Ecole des Mines, un des fleurons de l'intelligence française, prétend classer les universités du monde sur un critère unique, là ou même le classement de Shangai en croise plusieurs pour minimiser les biais. Et quel critère !

Le choix du nombre de PDG reflète bien le fonctionnement des écoles d'ingénieurs, qui forment des managers avant de former des ingénieurs (et ne parlons pas des scientifiques). La recherche est écarté de la "qualité" de l'établissement supérieur. Ca tombe bien, les écoles françaises n'en font presque pas. Pourtant, c'est là que se crée le savoir et l'innovation, cela devrait avoir son importance. Et si l'on veut mesurer la qualité de l'enseignement, une recherche dynamique est un formidable atout pour les élèves, qui apprennent souvent bien plus dans les labos et en conduisant leur propre recherche que dans les salles de cours. Mais ça ne fait pas partie du modèle français...

A l'extrème limite, si l'on devait suivre l'école des Mines dans cette façon de voir l'enseignement supérieur comme purement orientée vers le "business", il est ridicule de ne compter que les PDG du top 500 des entreprises mondiales. C'est un biais gigantesque en faveur de la France, où un système fermé d'école "d'élite" produit en vase clos un petit vivier de dirigeants pour quelques "champions nationaux". Aux Etats-Unis, un étudiant d'Harvard n'est pas destiné à viser le top management d'Exxon ou d'IBM, et à l'inverse ces positions dirigeantes ne sont pas inimaginables pour un graduate d'une université moins connue. L'Allemagne, le Royaume-Uni, presque tous les pays au monde sauf peut-être le Japon, n'ont pas ce système français qui est ici hyper-avantagé. Ajoutons que même si la France ne poussait pas autant ses "champions nationaux", et ses meilleurs étudiants vers des postes haut placés dans ces derniers, il y aurait toujours un biais en défaveur des pays émergents. En effet, des pays comme le Brésil, la Chine ou l'Inde ont parfois d'excellents établissements, mais peu d'entreprises dans le top 500. Il n'y a qu'à lire la liste des entreprises dans la première partie du classement...

Il aurait été préférable, si l'on veut rester dans le monde de l'entreprise (choix contestable en lui-même, mais passons), de compter le nombre de création d'entreprise à la sortie (voire avant la sortie) de l'école. Les qualités d'entrepreneur sont certainement plus représentatives de ce qu'un étudiant peut apprendre dans une bonne université, que ce soit sur le plan technique commercial ou humain, que celles d'un manager.

Récapitulons. L'Ecole des Mines, dans le seul but de faire figurer des établissements français dans un top 10 mondial, a créé le classement le plus mauvais que l'on pouvait imaginer. Le fait d'avoir retenu un seul critère, la décorrellation totale de ce critère avec l'enseignement ou la recherche qui s'effectue dans l'établissement, sont plus la marque d'une jalousie exacerbée que d'une volonté de recalibrer la mesure. Bien des biais français sont révélés ici : fierté mal placée, endogamie des élites, manque de remise en question. C'est presque un contre-exemple de ce à quoi il faut accorder de l'importance dans la réforme des universités et des écoles d'ingénieurs : l'économie et la société française ont besoin de scientifiques, d'entrepreneurs et de start-up, pas de managers et de champions nationaux. L'Ecole des Mines ne fait pas honneur à sa réputation, dans cette histoire.

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jeudi, juin 28, 2007

Wikipedia Culture

Henry Jenkins, dont je feuillette le livre Fans, Blogger and Gamers à chaque fois que je rentre dans une librairie, a écrit un billet des plus intéressant sur la culture à la sauce 2.0 (en deux parties 1 et 2). Il revient sur la polémique créée par une université américaine, le Middlebury College, d'interdire à ses étudiants de citer Wikipedia en référence de leurs travaux de recherche.

De façon un peu mécanique, on voyait s'affronter ceux qui dénient toute valeur à Wikipédia à cause des inexactitudes factuelles et du mode de fonctionnement ouvert même aux non-experts, et ceux qui s'enthousiasment pour cet exemple d'intelligence collective. Un peu comme ce que l'on avait pu lire sur le blog de Pierre Assouline...

Dans la première partie, Henry Jenkins élève le débat, en indiquant par exemple que le terme d'Encyclopédie est un peu trompeur, car la valeur de Wikipédia est au moins autant dans le processus que dans le résultat, et qu'elle n'est pas statique. La capacité à discuter les faits, les comparer, les mettre en perspective, le fait d'élaborer un projet commun, ont peut-être plus à voir avec la construction de réseaux sociaux comme les forums, les blogs, Facebook ou Second Life, qu'avec Diderot et Britannica. Un article Wikipedia n'est pas isolé : il vient accompagné de tags et d'avertissements régies par un ensemble de règles transparentes, d'un espace de discussion, d'un historique des modifications... La capacité à savoir décoder cet ensemble d'informations est d'une grande importance pour l'honnête homme du XXIème siècle : si certains privilégiés peuvent l'apprendre par eux-mêmes ou avec leur entourage, il serait bon qu'elle soit tout de même intégrée dans le cursus scolaire, car il se pourrait bien qu'il s'agisse d'une inégalité majeure dans le futur.

S'il y a un problème, ce n'est pas que des informations existent sur le net, mais que des élèves fassent des copié-collés irréfléchis, et se contentent d'une seule source. Mais rien n'est tout blanc ou tout noir. Mettez-vous dans la place d'un professeur essayant d'inculquer l'esprit critique à ses étudiants. A la fin de votre cours, vous leur demandez s'ils croient en ce qui est dit à la télévision, dans les journaux à sensations, et dans l'Encyclopedia Britannica. Pensez-vous que si vos élèves, impressionnés par votre cours magistral, vous répondent qu'il faut douter de tout, qu'aucune source n'est fiable et qu'on ne peut être sûr de rien, vous aurez fait du bon travail ? Non, et c'est pareil pour Wikipédia : ce n'est pas parce que c'est dans Wikipédia que c'est vrai, mais ça ne veut pas non plus dire que c'est faux. Ce qu'il faut développer est un scepticisme sain, capable d'attribuer une crédibilité, un point de vue et un biais potentiel à chaque source.

Les étudiants peuvent aussi être stimulés par la participation à "l'entreprise Wikipédia" - par exemple, ne pourrait-on pas imaginer de revisiter l'exposé à la papa par un projet où les élèves doivent créer ou enrichir une page de leur choix ? Ils seraient ainsi confrontés à la façon dont s'élabore un projet collaboratif, et la responsabilité de mettre leur travail à la disposition du public aurait certainement un effet positif sur la motivation, l'attachement aux détails, et l'application à soigner l'expression.

Dans la deuxième partie, Henry Jenkins revient sur le fonctionnement de Wikipédia et ce qu'il appelle le Paradigme de l'Expert. Wikipédia repose sur l'idée que chacun est expert dans un domaine précis, et que la communauté, au travers de règles de fonctionnement (elles-même débattues), reconnaît cette valeur. Ce processus de tri est dynamique, ce qui veut dire qu'à un instant donné, il peut y avoir des erreurs, mais que ces erreurs sont acceptables tant qu'on ne s'illusionne pas sur un "produit fini Wikipédia" (sauf peut-être sur les pages labellées "de qualité" ?). De mon point de vue, cela veut aussi dire que les critiques de Wikipédia devraient prendre leurs responsabilités et éditer les pages sur lesquels ils sont assez experts pour trouver erreurs. C'était là le grand tort de Pierre Assouline dans son billet...

Le Paradigme de l'Expert implique que des domaines d'expertises peuvent se recouvrir, permettant ainsi la correction d'erreurs factuelles, mais aussi, et c'est là une des principales différences avec les Encyclopédies classiques, provoquant la rencontre de différent points de vue. Alors qu'une version papier doit faire un choix, et trancher pour une version - souvent la version majoritaire - Wikipédia pose en principe qu'il est plus important d'exposer tous les points de vue de façon neutre que de trouver une "vérité". Le résultat dépend du type de sujet : les thèmes polémiques doivent être "gelés" pour éviter le vandalisme, mais présentent la situation sous différents angles ; les idées fumeuses ou patascientifiques trouvent un bel espace d'expression ; sur les sujets moins extrêmes, les théories principales se trouvent nuancés par de petits points de désaccords. On peut ne pas être d'accord avec le principe et préférer qu'un conseil d'experts dans un domaine tranche et décide, mais je trouve pour ma part que l'utopie wikipédienne est, en général, plutôt efficace et bien auto-régulée.


Voilà, je ne prétends pas avoir résumé Henry Jenkins, c'était plutôt un melting-pot de ce que j'en ai retenu et des réflexions qu'il a provoqué chez moi. Je ne peux que vous encourager à le lire : c'est long, mais ce sont les idées les plus intéressantes que j'ai lu sur la question depuis bien longtemps.

Et pour finir, je voudrais ajouter que quelque soient les reproches fait à Wikipédia, il ne faudrait pas sous-estimer l'intérêt incroyable, inespéré et complètement utopique il n'y a de cela que quelques années, que représente une telle masse de connaissance mise à la disposition du public. Les liens hypertextes, les moteurs de recherche, les pages d'acceuil renouvelées chaque jour avec de nouveaux liens, les liens "page au hasard" et "bons articles", changent aussi complètement notre rapport au savoir. Je me surprend de plus en plus, quand j'ai un moment de libre, à explorer Wikipédia français et anglais, juste pour le plaisir. J'ai récemment passé une après-midi à lire l'histoire de la Chine et de l'Arménie, et j'avais l'article sur Rome ouvert en même temps que je regardais la série du même nom, pour comprendre un peu mieux le contexte historique. Il ne faudrait pas que les critiques boudent leur plaisir et jettent le bébé avec l'eau du bain, tout de même...

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mercredi, janvier 10, 2007

Brevets français et américains

Un chercheur ayant réalisé une découverte de quelque importance est confronté à un choix : publier ou breveter ? Publier, c’est la reconnaissance par ses pairs, et la valorisation dans le milieu académique. Breveter, c’est interdire à quiconque d’utiliser votre invention dans le pays du brevet, sauf à vous payer des royalties. En contrepartie, le processus de dépôt de brevet est long, plusieurs années, et couteux, plusieurs milliers d’euros. On comprend donc qu’avant de choisir une telle galère, et je pèse mes mots, un chercheur va soigneusement peser les deux plateaux de la balance.

Il y a un certain nombre de motivations pour déposer un brevet : les royalties, bien sûr, mais surtout, le désir de réaliser quelque chose de concret : un nouveau matériau, une nouvelle molécule, l’amélioration d’un système mécanique ou électronique… Cette motivation, contrairement à ce que peuvent penser les cyniques, est au moins aussi importante que la première.

J’ai déjà parlé des obstacles : temps, coût. Il faudrait aussi mentionner les troubles juridiques qui y sont associés : entre rédiger un brevet et le défendre, les avocats en propriété intellectuelle ont du travail, merci pour eux. Par exemple, j’ai récemment entendu parler d’une affaire de brevet qui se juge actuellement à la Cour Suprême, excusez du peu.

Les universités américaines aident leurs étudiants, doctorants, post-docs, chercheurs, dans ces démarches. Dans tous les grands centres de recherche – et dans la majorité des plus modestes – il existe un Patent Office ou un Licensing Technology Office. Quel que soit son nom, il s’agit d’un bureau prenant en charge les demandes de brevets, pour le volet juridique (la définition précise du brevet) comme pour le volet économique (démarchage d’entreprises intéressées par l’achat d’une licence, ou validation du business plan si l’inventeur veut monter sa boîte). Les royalties des brevets se répartissent de la façon suivante : après remboursement des coûts du brevet (jusqu’à 25 000 $, tout de même, pour une couverture internationale) et déduction de 15% pour le Patent Office, ce qui reste est divisé en trois tiers, l’université, le département, et l’inventeur. Certains pourraient penser, sur un air bien connu de lutte des classes, qu’il s’agit là d’une exploitation honteuse de la matière grise des étudiants, mais il faut voir que toutes les parties ont intérêt à ce que les brevets soient déposés, et à ce que les start-up se créent et réussissent. L’inventeur, souvent jeune, souvent occupé par un travail à temps plein, est en échange bien content d’avoir le soutien d’une grosse machine bien rôdée à toutes les étapes du processus, qui lui dégage l’esprit et l’emploi du temps.

En France, par contre, rien de tel, y compris dans les plus prestigieuses écoles d’ingénieurs ou facultés[1]. Il existe seulement des bureaux dont le nom, du genre Relations industrielles, traduit bien le côté gestionnaire plutôt qu’incitatif et accompagnateur. De plus, et c’est encore plus problématique, le mépris diffus du monde académique pour le monde de l’entreprise (de l’argent) fait que les jeunes doctorants ou post-docs ne sont pas valorisés quand ils souhaitent déposer un brevet, voire se lance dans l’aventure d’une start-up technologique. Cela se traduit de façon peu quantifiable, mais très nette, dans les discours. Si les difficultés réelles demandent de la motivation et du talent pour être surmontées, cette motivation est minée par le manque de soutien.

Deux chiffres rapidement calculés, pour conclure[2]. L’Ecole Polytechnique compte environ 400 doctorants et 750 chercheurs, et dépose 15 brevets par an. Le MIT compte 6000 graduate students, dont environ 2000 en PhD, et 1000 faculty (enseignants-chercheurs, approximativement), et dépose 320 brevets par an. (320/3000) / (15/1150) = 8, les chercheurs du MIT déposent, à la louche, 8 fois plus de brevets par personne que les chercheurs de Polytechnique. Le calcul peut être contesté, mais la tendance lourde est là.



[1] Je suis limité par mon expérience personnelle et les sites internet. Toute information supplémentaire est volontiers acceptée !

[2] Encore une fois, toute donnée chiffrée supplémentaire, sur votre Ecole ou Université par exemple, est bienvenue.

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jeudi, décembre 14, 2006

Rendre l’université payante, mais juste.

Sous ce titre un peu bizarre, se cachent quelques réflexions que je me suis faites sur l’université française en lisant cet article du New York Times. Les parents américains ont si bien intégré l’idée qu’une meilleure université sera plus chère, que des universités « moyennes » avaient multiplié leur nombre de candidats en augmentant la tuition, c’est-à-dire les frais semestriels. Et ce, en augmentant dans le même temps l’aide financière aux étudiants, jusqu’au point où la plupart d’entre eux ne payaient pas le plein tarif.

L’un des exemples est le suivant : Ursinus College, une petite université de Pennsylvanie, a augmenté en 2000 ses frais de scolarité de 17,6 %, et les candidatures ont immédiatement bondi, 200 de plus que l’année précédente, pour 330 admis. Dans le même temps, ils ont aussi augmenté l’aide financière de 20%, signifiant que la charge financière globale pour les étudiants n’avait pas augmentée. Un bon nombre d'autres universités sont citées, y compris la bien connue Notre-Dame.

Des sociologues et des psychologues pourraient se régaler avec cette histoire. Des économistes chevronnés diraient que l’éducation est, comme quelques produits comme les cosmétiques ou les médicaments, de ces choses pour lesquelles la qualité importe plus que le prix. Comme le prix n’est pas un moyen pire qu’un autre pour évaluer la qualité, cela explique que la demande s’accroisse avec le prix.

Mais ce qui me titille particulièrement, alors qu’on parle beaucoup de réformes de l’université, est qu’une telle répartition des coûts est beaucoup plus juste, car moins égalitaire. Je m’explique. En théorie, l’université française est gratuite pour tous, et les syndicats étudiants font beaucoup d’efforts pour combattre les écarts observés en pratique. En effet, si pour augmenter les moyens des universités, on demandait à tous les étudiants des frais élevés, disons 1000€, ceux issus de familles plus modestes seraient pénalisés. Ainsi, puisque l’égalité de frais est érigée en principe comme chez nous, il est juste que ces frais soient faibles. Cependant, il faut bien noter que dans un système où les frais sont faibles mais constants, ce sont les familles aisées qui paient le moins, relativement à leur revenu. L’objectif d’égalité n’est donc pas l’objectif de justice sociale – j’ai l’impression que les syndicats se trompent de grand principe sur lequel s’arc-bouter.

L’exemple américain, par ailleurs implanté récemment au Royaume-Uni, de bourses compensant des frais encore plus élevés, disons 2000€ avec des bourses équivalentes pour la moitié des étudiants, montre qu’il est possible de faire supporter la réforme par les familles les plus aisées, à gain total constant pour l’université. La petite histoire racontée par le New York Times montre même que cette façon de faire pourrait même augmenter l’attractivité de nos universités à l’étranger !

Il resterait, ensuite, à décider de l’attribution des bourses. Il y a en gros deux façons de faire, la « méritocratie » et l’ « impôt sur le revenu ». Dans la « méritocratie », les bourses sont données aux meilleurs élèves, c’est le système américain. Les élèves brillants ne paient pas la tuition, et reçoivent en plus une bourse conséquente. C’est un système qui attire d’autant plus les meilleurs élèves, et où les élèves riches et brillants sont les grands gagnants. Dans le système type « impôt sur le revenu », les bourses sont attribuées en fonction du revenu des parents. C’est un système moins attractif pour les meilleurs étudiants, mais peut-être plus juste d’un point de vue social. C’est, je crois, le système qui a été mis en place par Tony Blair. Le choix entre ces deux systèmes serait un vrai choix politique de type droite/gauche. En comparaison, le système français actuel fait supporter le coût d’un système pauvre aux familles les plus modestes !

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samedi, octobre 28, 2006

Education supérieure et entreprises

Le sous-titre pour ce billet pourrait être : Enfin l’arrivé du privé !

Un article intéressant du Monde parle du financement par les entreprises de l’enseignement supérieur. Il y est fait mention de la création de chaires (c’est-à-dire d’un ensemble de cours, souvent de niveau licence ou master) financées par des entreprises ou des mécènes. Un article complémentaire décrit ce qui se fait en Europe sur le même sujet. Au passage, ce genre de mise en perspective est une bonne habitude que le Monde est en train de prendre, mais il manque certainement la comparaison avec les USA, qui ont, après tout, l’enseignement supérieur le plus attractif du monde.

Certains membres de ma famille, ou des blogueurs comme Enro [1], ne manqueront pas d’y voir une évolution négative, l’influence de l’argent et de l’industrie étant par essence mauvaise. Pour ma part, je suis très enthousiaste : le manque d’implication du monde de l’entreprise et des alumni[2] dans l’éducation supérieure est un des facteurs qui explique le côté si peu appliqué, expérimental, et pratique, des cours français. Il est bon d’avoir un regard extérieur pour introduire un peu de concret – et il n’est pas honnête de se plaindre à la fois du manque de financement des universités, de la dette publique, et de l’implication des entreprises, comme j’ai pu l’entendre.

Le problème est le même dans le monde de la recherche. Il est ironique de voir que ceux qui se plaignent que l’Etat ne met pas assez de moyens dans la recherche sont souvent ceux qui défendent la séparation, à mon sens fausse, inutile et contre-productive, entre recherche fondamentale et appliquée. La première est vue comme supérieure et doit être soutenue par l’Etat, car les entreprises ne sont soi-disant intéressées que par la recherche à court terme. Cela serait un argument pour refuser l’entrée des entreprises dans le financement des labos, qui conduirait à une dégradation de la recherche. L’exemple des Etats-Unis suffit à contredire cet argument : les allez-retours entre entreprise et labos, entre recherche et start-up, soutiennent à la fois l’économie américaine et le progrès scientifique – la razzia sur les prix Nobel étant un signe fort.

J’ai l’impression qu’en France, le monde universitaire se focalise sur les questions de choix budgétaires. Elles ont de l’importance, bien sûr, mais la France n’est pas à la traîne pour ce qui est des efforts publics. Il s’agit plutôt, de mon point de vue, d’un manque de confiance envers le secteur privé, qui, d’ailleurs, le rend bien aux universitaires. Un changement de mentalité est nécessaire pour atteindre un système de type américain, qui est je pense bien meilleur, où les entreprises externalisent largement leur R&D en faisant confiance aux thésards des universités, et où les chercheurs n’hésitent pas, quand une possibilité d’application se fait sentir, à travailler avec les entreprises ou à monter une start-up.

EDIT : à propos des investissements en R&D de différents pays, de l'évolution de ces montants, et de la répartition entre public et privé, je vous conseille ce rapport indiqué en commentaires par Eric.

[1] Je précise que je ne sais pas ce qu’il en pense, que je fais cette supposition d’après ce que j’ai pu lire sur son blog, et que je serais heureux de me corriger si je me suis trompé.

[2] Anciens élèves

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dimanche, octobre 01, 2006

Recherche médicale et interdisciplinarité

EDIT : Des copié-collés hasardeux ont conduit à la disparition d'un paragraphe dans la version originale du billet, qui perdait un peu de sa cohérence. C'est maintenant réparé.

Avec le vieillissement régulier de la population des pays occidentaux, les soins médicaux prennent une part de plus en plus importante dans l’économie. A l’accroissement du besoin en soins médicaux, qui augmente avec la proportion de personnes âgées, s’ajoute le mythe, de plus en plus présent, de l’Homme rendu immortel par les progrès de la médecine. L’Homme réparable est un fantasme qui suscite encore plus d’envie de médicalisation : il est insupportable de boiter, d’avoir des rhumatismes. Ce n’est pas une critique : moi-même, j’ai souvent mal au dos, et je déteste ça. Si je connaissais un traitement adapté, et si je voyais d’autres personnes en bénéficier, je mettrai probablement la main à la poche pour supprimer la douleur. Cependant, peut-être cela serait-il au-dessus de mes moyens. Par contre, comme il se trouve les économies ont tendances à s’accumuler avec le temps, les personnes âgées combinent le désir, le besoin et la possibilité d’utiliser des soins couteux. Voilà pourquoi les dépenses de santé, qui représentaient en 2000, en France, 100 milliards d’euros, soit 6,8% du PIB, devraient voir leur part grimper à 8ou 9% du PIB à l’horizon 2010.

La recherche dans ce domaine est promise à un bel avenir. En effet, dans cet univers très concurrentiel, et sur un marché aussi important, la moindre avancée décisive prend une importance capitale. La firme qui met sur le marché un produit un peu meilleur que ses concurrents va immédiatement s’arroger des parts de marché énormes, pour plusieurs raisons. Le surcoût d’un produit plus efficace n’est souvent pas vu par le médecin ou son patient, grâce aux organismes d’assurance médicale. Les coûts non-financiers, comme la lourdeur d’un traitement, il n’est pas non plus un obstacle, car qui ne ferait pas un petit effort pour sa santé ?

Ce raisonnement est illustré par une anecdote impressionnante, que je n’ai pas pu vérifier. Une entreprise a développé une nouvelle protéine destinée à attirer un peu mieux que ses concurrentes les cellules osseuses à la surface des implants (détails), par exemple des implants de hanche. Le jour de la mise sur le marché, l’entreprise a vendu pour un million de dollars de ce produit. Les disciplines connectées au monde médical, chimie, et surtout biologie et bioengineering, font partie des voies les plus prometteuses, en terme de débouchés, pour un étudiant.

La recherche médicale est particulièrement attractive, pour plusieurs raisons.

  • Mauvaises langues, je vous vois venir : oui, une des raisons est directement liée au paragraphe précédent, ça rapporte. Les firmes du secteur, incluant les firmes pharmaceutiques, mettent d'énormes moyens dans la recherche en interne. Mais pas seulement : les graduate dans le domaine n'ont aucun mal à trouver des financements. Je ne connais pas la situation des thésards français dans ce domaine, mais peut-être un visiteur éclairé pourra nous donner l'information.
  • Ensuite, il y a le côté humanitaire : pouvoir regarder les chercheurs des autres disciplines, les ingénieurs, et les économistes réunis, dans les yeux, et leur dire « Moi, je sauve des vies », cela n’a pas de prix. On se place d’emblée au côté des infirmières de la Croix-Rouge Internationale et des sauveteuses d’Alerte à Malibu. On se sent grand, beau, et fort. Mais pourquoi n’ais-je pas choisi cette voie ?
  • Enfin, les sujets de recherche sont intéressants, car interdisciplinaires. Etudier une cellule, c’est de la biologie. Comprendre les réactions qui interviennent quand une protéine se lie à un de ses récepteurs, c’est de la chimie. Mesurer la force avec laquelle elle s’accroche à la matrice extra-cellulaire, c’est de la mécanique. Si la cellule est labile, on arrive vite à l’hydrodynamique. S’il faut utiliser un piège optique à laser, ou un piège magnétique, la physique fait son entrée. Et pour traiter toutes ces informations, il faut souvent en passer par l’informatique. Je pense que chacun se rend compte à quel point ce genre de recherche interdisciplinaire est stimulant intellectuellement.

Dans ce contexte, la différence d’organisation des systèmes de recherche universitaire aux USA et en France saute aux yeux. Les départements américains sont interdisciplinaires, et organisés par thèmes de recherche : bio-engineering, chemical engineering (qui n’a rien à voire avec la chimie, by the way), micro and nano technology, polymer science, health and medical devices engineering, etc… En France, ils sont organisés par matières : chimie, biologie, physique, mécanique. Les barrières sont rigides, et la communication passe mal. Que d’interactions pourrait-on développer avec des programmes plus interdisciplinaires ! Les chimistes ont tout intérêt à écouter les physiciens, qui devraient parler aux mathématiciens, qui pourraient trouver leur inspiration dans les travaux des biologues, qui ont tout à apprendre des chimistes… Dans les universités américaines, cette position est revendiquée, assumée, et produit d’excellents résultats. En France, l’exception qui confirme la règle est l’ESPCI (en fait, cette école est une exception à presque toutes les règles de l’enseignement supérieur français).

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous une opinion différente, des contre-exemples ?

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