Penseur

jeudi, septembre 28, 2006

Des nouvelles du front de la Recherche Française

La Recherche, dans tous les sens du terme (appliquée, théorique, à long terme, privée, publique, innovation, technologie), est d’une importance primordiale pour un pays comme la France. Ce n’est pas (qu’)une platitude : je pense sincèrement que la seule façon pour la France de trouver une place dans la mondialisation est de s’embarquer dans l’économie du Savoir et de l’Innovation. Les pays sont amenés à se spécialiser : la Chine se dirige vers le statut d’usine du monde, le Royaume-Uni est connu pour les services financiers… Le meilleur atout de la France doit être, ou plutôt devrait être, son formidable capital scientifique.

A l’heure actuelle, il n’en est rien. La recherche française se porte bien, dans certains domaines : citons les mathématiques, la physique théorique… Mais les domaines les plus importants en termes de perspective, les secteurs cutting-egde, sont moins bien lotis. « Moins bien lotis », pour les biotechnologies par exemple, est un gigantesque euphémisme. De plus, rien n’est fait pour générer des retombées économiques. Un exemple chiffré : l’Ecole Polytechnique dépose 18 brevets par an, à peu près autant que trois ou quatre groupes de recherches aux USA. Je n’ai pas les chiffres pour les ENS, mais ça doit être du même tonneau : pour donner l’esprit, en juin dernier, un ami est tombé sur une publication de physique théorique venant d’Ulm. Les chercheurs se félicitaient, dans l’introduction, de la pertinence de leur précédent papier, qui avait inspiré une start-up américaine, qui avait déposé un brevet d’application et qui commençait la commercialisation d’un produit dérivé. Ainsi, les chercheurs sont à la fois les victimes et les responsables des problèmes de la recherche. Il ne reste pas moins que les possibilités de réforme sont dans les mains de l’Etat.

Les exemples précédents soulignent le manque d’interactions entre recherche publique et entreprises privées, et le manque d’incitation à la fondation de start-up technologiques. Dans ce contexte, le gouvernement actuel est tombé en dessous de tout. Comme simple rappel du manque de considération accordé à la recherche, il suffit de mentionner la menace de démission collective des directeurs de labo en 2004, et l’engagement dans les Etats Généraux de la Recherche : un mouvement sans précédent. La montagne a accouché d’une souris, le misérable plan pour la recherche (là, je ne mets pas de majuscules) et les chercheurs sont désabusés. Ils misent tout sur le prochain gouvernement.

C’est dans ce contexte qu’est organisé, du 29 septembre au 1er octobre, l’audition par des chercheurs de candidats à la présidentielle. Le collectif Sauvons la Recherche va entendre un certain nombre de candidats : Ségolène Royal, Marie-George Buffet, François Bayrou, Dominique Voynet, Laurent Fabius, Olivier Besancenot, Christiane Taubira, et France Gamerre. Dominique Strauss-Kahn, initialement prévu, a annulé sa venue, et Nicolas Sarkozy a décliné l’invitation.

Dans ce contexte, les quatre candidats les plus importants, à mes yeux, sont Ségolène Royal, François Bayrou, Dominique Strauss-Kahn, et Nicolas Sarkozy. Les différences sont significatives.

Les deux premiers semblent accorder beaucoup d’importance au thème de la recherche et de l’innovation. Ségolène Royal en parle dans presque toutes ses interviews, ce qui est pour moi, sinon un engagement pour l’après-élection, au moins un signe de sa volonté de placer le sujet au centre du débat électoral. Si il y a bien un sujet sur lequel elle se démarque du projet socialiste, c’est bien celui-là (allez-y, c’est au I.A, et c’est ridicule). François Bayrou en parle assez souvent, quand il n’est pas occupé à vouloir réformer la démocratie ou les médias, ce qui il est vrai lui prend beaucoup de temps. En tout cas, ces deux candidats qui m’intéressaient avant ce billet, y gagne beaucoup de sérieux et de crédibilité – j’écouterai le résultat de leurs auditions pour valider ce jugement. C’est bien simple, je pense que la politique de recherche et la question de la dette publique seront les deux des principaux facteurs décidant de mon vote, le troisième étant les propositions de réforme de l’enseignement supérieur.

A ce petit jeu, Dominique Strauss-Kahn me déçoit. Il devait venir mais a annulé : j’aimerais bien savoir ce qu’il trouve plus important que de se confronter à ceux qui préparent réellement l’avenir de la France. Quant à Nicolas Sarkozy, pour un candidat de la rupture, il me paraît, par son désintérêt de la question, être au contraire dans la droite ligne de la politique traditionnelle française. Pourtant, quand il parle de créer une « société d’entrepreneurs », je serai prêt à signer tout de suite ! Qu’il m’explique, simplement, comment il compte maintenir à long terme une société d’entrepreneurs sans l’innovation pour la stimuler. A moins que les consultants en consulting et le Web 2.0 soit suffisants à ses yeux ? J’ironise, et je sais bien que l’UMP propose des idées intéressantes pour améliorer la situation. Je critique le fait que Nicolas Sarkozy, le candidat, n’en parle pas dans ses discours (j’ai cherché, promis). Ah, si, ici, en janvier : quelques lignes à la fin d’un discours sur la sécurité. Dérisoire.

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